Perpignan : victoire de Pujol et succès d’Aliot

Avec 44,89%, Louis Aliot réalise un gros score. C’est le fait majeur de cette élection remportée par Jean-Marc Pujol. Un succès que le maire sortant doit en grande partie aux électeurs de gauche qui n’ont pas voulu que Perpignan ait un maire d’extrême-droite.

La participation est passée de 56,99% au premier tour à 62,75% au second tour. + 5,76%. 3 966 électeurs supplémentaires. Une participation en hausse comme dans d’autres villes dans lesquelles le FN était en position de force.

11 617 électeurs avaient voté au premier tour pour Jean-Marc Pujol. 20 784 au second tour.

Au regard des résultats par bureau, il apparait qu’un bon nombre d’électeurs de droite qui s’étaient abstenus au premier tour sont venus voter Pujol. Il faut aussi ajouter les électeurs décidés à voter Pujol au second tour, mais qui au premier ont choisi un autre candidat. Et cela d’autant plus facilement que les sondages annonçaient une large victoire du maire sortant.

Importante progression de Louis Aliot qui gagne 4 797 voix, passant de 12 949 à 17 746 voix. De nouveaux électeurs que Louis Aliot a trouvé à gauche et à droite. Mais davantage à droite. Des observations tirées de comparaisons avec les résultats par bureau et par canton des élections présidentielles et législatives de 2012.

Jean-Marc Pujol ne s’est pas adressé à l’électorat de gauche entre les deux tours. Il aurait pu le faire lors du débat avec Louis Aliot et dans la profession de foi adressée à tous les électeurs. Pas un mot non plus aux électeurs et partis de gauche après sa victoire.

Sur France Bleu Roussillon, Clotilde Ripoull s’est dite satisfaite que la ville ne passe pas au FN. Elle n’a pourtant rien fait pour ça en votant blanc.

Jean-Paul Alduy était, lui aussi, dimanche soir dans les studios de la radio locale. Il a comme entre les deux tours principalement semblé intéressé par l’élection du président de l’agglo et en particulier par celle de son candidat, Romain Grau. Il se dit qu’au travers de l’élection de ce dernier, JPA poursuit l’objectif de faire installer son épouse à la direction de l’Agence de Développement Economique. Réalité ou propos malveillants ?

Interrogé par Elisabeth Badinier sur l’effondrement du PS à Perpignan, Christian Bourquin a répondu que depuis 50 ans la gauche n’avait jamais été en position de pouvoir gagner la ville. Il a oublié 2008. 574 voix de plus et Jacqueline Amiel-Donat s’installait dans le fauteuil de maire. Ce rappel permet de mieux mesurer le catastrophique résultat du PS qui fait d’ailleurs à Perpignan son plus mauvais score dans une grande ville.

Incorrigibles politiques !

Fabrice Thomas

Contact : c.politique@orange.fr

Publicités

Municipales : Marine Le Pen défend une mesure qui menace les libertés fondamentales

Dans un interview donné le 28 mars au journal Le Monde, Marine le Pen s’explique sur une des mesures que devront appliquer les villes dirigées par le FN : « Refuser toute subvention et toute aide à des organisations ou des projets communautaristes ».

On savait que cette mesure visait les associations que les dirigeants du FN qualifient habituellement de « communautaristes », MRAP, SOS Racisme, La Ligue des Droits de L’Homme, LICRA… Des associations qui s’opposent fréquemment au FN, notamment devant les tribunaux.

Mais dans son interview, Marine Le Pen va encore plus loin : « Refuser de subventionner les associations politisées et ou communautaristes est un acte politique » Et elle poursuit : « Quand la Ligue des droits de l’homme fait un tract pour appeler à voter pour ou contre quelqu’un, c’est une association politisée. Elle n’a qu’à se constituer en parti politique. Les associations peuvent prendre des positions politiques. Mais, à partir du moment où elles demandent des subventions publiques, elles se doivent de respecter un devoir de réserve. »

Marine Le Pen a t-elle conscience que les lois françaises ne permettent pas de couper les vivres à une association en invoquant un devoir de réserve ?

Ce droit de réserve des associations ne figure pas dans nos lois.

Mais dans la pratique, il suffira de supprimer les aides publiques sans donner de justification.

Sur quels critères un maire FN décidera t-il qu’une association est politisée ? Nombre d’associations et de syndicats prennent, sur un sujet ou sur un autre, des positions qui pourront être qualifiées de « politisées ».

Quant à la possibilité pour une association ou un syndicat d’appeler à voter pour ou contre un candidat, cela ne concerne-il pas seulement les adhérents de cette association ou de ce syndicat ? Au nom de quel principe pourrait-on leur interdire de faire un choix, d’exprimer une préférence ou une opposition ?

Cette mesure fait partie d’une charte adoptée par le bureau politique du FN en septembre 2013. On y lit : « Ce texte ne constitue pas un programme en vue des élections municipales mais fixe 10 principes essentiels à appliquer à l’action et à la gestion municipale. »

Le Monde a demandé à la présidente du FN : « La charte municipale du Rassemblement Bleu Marine sera le programme commun de tous les maires FN ? » Et elle répond « Oui ».

A Perpignan et ailleurs semble t-il, aucun candidat du Rassemblement Bleu Marine n’a diffusé cette charte. Et voilà qu’elle apparaît au grand jour la veille du second tour !

Y a t-il un autre parti qui propose une mesure aussi dangereuse pour nos libertés ? Aucun. Sauf peut-être des groupuscules qui sont loin de pouvoir prétendre à la gestion de la cité.

Si le FN peut-être considéré comme un parti comme un autre parce que son action s’inscrit dans le cadre des lois de la République, cela n’en fait pourtant pas un parti comme les autres. Il nous en fait lui-même la démonstration.

Cette mesure et l’application qu’en propose Marine le Pen révèle un état d’esprit. Un état d’esprit inquiétant.

Fabrice Thomas

Contact : c. politique@orange.fr

Occident : le coup bas de Louis Aliot

Louis Aliot use avec récurrence d’un procédé qui consiste à jeter à la tête de ses adversaires des accusations qui lui sont habituellement destinées. Ainsi, jeudi matin lors du débat organisé par France Bleu Roussillon et L’Indépendant, Louis Aliot, citant un article de La Croix a dit que Jean-Marc Pujol avait été membre du groupe d’extrême-droite Occident. Le maire sortant a nié et a expliqué que son premier engagement politique avait été auprès de Giscard d’Estaing.

Louis Aliot est homme habile. Son message est destiné à l’électorat de gauche à qui, implicitement, il dit qu’ils ont le choix entre deux hommes qui ont des références à l’extrême-droite. Il ne pouvait rien trouver de mieux pour semer le doute, l’hésitation dans l’esprit des électeurs de gauche. La rumeur fera des dégâts. Peut-être limités. Mais elle en fera.

Le procédé est bien sûr malhonnête. Mais ce n’est pas ce que l’on retiendra. La rumeur attribuant à Jean-Marc Pujol un passé d’extrême-droite va repartir de plus belle et atteindre de nouveaux publics.

Si Jean-Marc Pujol avait été membre du groupe Occident, Louis Aliot n’aurait pas sorti un extrait de presse. Il aurait brandi un, deux, trois témoignages écrits d’anciens membres d’Occident assurant qu’ils avaient milités avec Jean-Marc Pujol. Et Louis Aliot était mieux placé que personne pour obtenir ces preuves.

Le coup bas est arrivé dès le début du débat. Et à sa voix chevrotante, on a senti que Jean-Marc Pujol avait été atteint. Comment se défendre d’une telle accusation ? Peut-être en exigeant d’autres preuves qu’un article de presse qui affirme sans citer aucune source. Il est vrai que le maire sortant est moins familié des studios que son adversaire.

Louis Aliot a réussi à extrême-droitiser son adversaire. Il doit se frotter les mains !

Dommage que le maire sortant ait manqué de ressort. Il aurait pu en retour interroger Louis Aliot sur la personnalité de son bras droit, Xavier Baudry. Un homme dont on parle beaucoup dans les coulisses de la campagne. Il est directeur de campagne et numéro 5 sur la liste RBM. En cas d’élection, il serait maire-adjoint à la sécurité et donc le patron de la police municipale. Personne ne connait Xavier Baudry sauf dans les milieux d’extrême-droite de Perpignan. Il y est présenté comme un radical, un dur, un nostalgique. Xavier Baudry s’est, auprès de personnes de sa mouvance, prévalu d’avoir été membre du GUD (Mouvement radical et violent). Il est un pilier de la branche perpignanaise de la Fraternité Saint-Pie X. Groupement catholique traditionnaliste (intégriste) dont les liens avec l’extrême-droite ne sont plus à démontrer. Selon plusieurs témoignages il a pris du galon en amenant des colistiers. Ce qui a rendu un grand service à Louis Aliot qui peinait à en trouver 55.

Fabrice Thomas

c.politique@orange.fr

Ni diabolisation, ni angélisation : simplement la vérité sur le FN !

Nous sommes en 2011 sortis d’une longue période dite de diabolisation où le Front National était sans cesse renvoyé aux déclarations de Jean-Marie Le Pen sur les chambres à gaz (1987). Le FN était catalogué parti  » raciste « ,  » antisémite « ,  » fasciste « .

Marine Le Pen est arrivée avec sa dédiabolisation qui consista principalement à refaire la vitrine. Plus de déclaration antisémite et on écarte les militants d’extrême-droite les plus caricaturaux type skinhead. Regardez ! On est un parti comme les autres ! Et une grande partie de la presse de faire chorus. Avant elle ne voulait voir que les excès du FN, elle a maintenant tendance à fermer les yeux sur tout ce qui ne ferait pas du FN un parti normal.

C’est ce que nous avons observé dans les articles des journalistes parisiens venus à Perpignan couvrir la campagne de Louis Aliot.

Le Monde a, le 31 janvier, publié un article titré : « A Perpignan, la campagne “ centriste “ du vice-président du Front National. Extrait : « Devant ses sympathisants, au Moulin-à-Vent, la tonalité est toute modérée. Car il est un adage qui court à Perpignan : la ville se gagne au centre. M. Aliot l’a visiblement compris. Il fait une campagne de notable, une campagne pondérée, loin des tonitruances du Front national. Sur les affiches, la flamme frontiste est petite, en bas à droite, comme cachée. Et sous le nom de la tête de liste, on lit : « Avocat, conseiller régional. « La notabilité avant tout. »

Le supplément de L’Express consacré à Perpignan est dans le même registre. Pas étonnant, Le Monde donne souvent le ton. Le papier est titré : « Municipales à Perpignan : la campagne de terrain du “ notable  » Aliot.

« Pour mettre toutes les chances de son côté, le compagnon de Marine Le Pen veille à présenter son profil le plus rassembleur. Il se répète que Perpignan se gagne au centre. Il mène donc une campagne pondérée et ouvre largement sa liste à la respectable « société civile ». Louis Aliot cherche à se donner une image de notable. Sur ses affiches, il se présente comme « avocat, conseiller régional », tandis que la flamme frontiste apparaît en petit. »

Louis Aliot a tellement apprécié ces articles qu’il les a publiés sur plusieurs sites internet du FN.

Le candidat RBM a-t-il fait une campagne de notable, avec toute la rondeur que l’on prête à ce genre de personnage de province ?

Louis Aliot qui est entré très tôt en campagne a massivement et sur une longue période, en quelque sorte pour préparer le terrain, diffusé deux tracts. Le premier illustré par une trentaine de petites images de magasins fermés, rideaux tirés. Avec cette accroche : « Le triste bilan de l’UMP-UDI à Perpignan, un centre ville à l’abandon !!! » Le second maquetté sur le même principe avec des photos de voitures brûlées, de vitrines défoncées. « Avec l’UMPS, ce sont les perpignanais qui sont inquiets, pas les délinquants…Avec Louis Aliot la peur changera de camp !!!

Plus excessif, plus caricatural, plus démagogique, plus populiste, ce doit être difficile à faire !

Manifestement, les journalistes du Monde et de L’express n’ont pas demandé à Louis Aliot de leur montrer les tracts qu’il avait distribués. Ni les affiches qu’il avait collées

di 11 décembre 025

« On est chez nous » est la forme actuelle de « La France au Français ».
Encore un slogan « centriste » !

La presse nationale tout comme la presse locale n’ont pas vu que le FN avait fait une campagne en deux temps. Très dure pendant près de six mois. Avec le logo du FN. Puis “ modérée “ les deux derniers mois avec le logo RBM (Rassemblement Bleu Marine).

Dans un billet du 20 février, nous avions répondu à Jean-Michel Salvador qui, dans les colonnes de L’Indépendant avait écrit : « Le FN est devenu un parti comme les autres. Presque banal. »

On est passé de la diabolisation à l’angélisation.

Pour notre part nous refusons l’une et l’autre. Nous avons, tout au long de cette campagne fait le choix de montrer, avec des faits précis, le FN tel qu’il est et pas tel qu’on voudrait qu’il soit. Nous avons été les seuls à le faire et c’est bien dommage pour la qualité de l’information.

Fabrice Thomas

PS : L’auteur de l’article du Monde est pourtant, avec Caroline Monnot, l’auteur d’un excellent livre, Le système Le Pen.  » Entre professionnalisme et radicalité, entourage officiel et amitiés inavouables, engouement médiatique et travail de terrain, mue politique et islamophobie virulente, on découvre ainsi au fil des pages l’ambivalence savamment entretenue du FN. »

Contact : c.politique@orange.fr

Perpignan : le pire est possible !

21 mars 2014 023

Il faudra un peu de recul, le temps de regarder les résultats de près, pour pouvoir faire une analyse fine du scrutin perpignanais. Mais il y a des évidences.

A la présidentielle de 2012, Marine Le Pen avait à Perpignan recueilli 11 220 voix avec une participation de 75,85%.

Avec 20% de participation en moins, Louis Aliot rassemble 12 986 voix.

34,19% des voix. Un électeur sur trois.

C’est impressionnant.

Où est-il allé les chercher ?

En tous cas ce soir à Perpignan, l’extrême droite arrive en tête avec 3,63% d’avance sur le maire sortant Jean-Marc Pujol.

Louis Aliot améliore le meilleur score réalisé par le FN dans une ville de plus de 100 000 habitants. Ce record était détenu par Jean-Louis De Noëll qui au premier tour des municipales de 1995 avait atteint 32,71%. Plus qu’à Toulon où le candidat qui emporta la ville au second tour avait rassemblé 31,03% des votes.

Certes le contexte de 1995 était particulier. Deux ans plus tôt, lors d’élections municipales partielles le candidat de droite, qui était le favori de ce scrutin, Claude Barate, s’était cassé les dents sur le fils Alduy. Et comme en 1995, il n’y avait pas de candidat de droite (Alduy ne l’avait pas encore rejoint), un grand nombre d’électeurs de droite étaient allés voter FN.

En 2014, Louis Aliot avait fait disparaître le logo du FN. Mais cela change t-il quelque chose ?

Mais faut-il s’étonner que le pire se produise quand toutes les conditions sont réunies pour qu’il se produise ?

On évoque ici et là un Front républicain pour faire barrage à l’extrême-droite. C’est une idée sur laquelle nous sommes depuis longtemps réservés. Tout simplement parce qu’il nous semble normal que le FN ait des élus dans les assemblées communales, départementales, régionales et nationales.

Mais voulons-nous que Louis Aliot, dirigeant national d’une parti d’extrême droite soit maire de notre ville ?

Il nous semble que la seule question qui se pose à chaque électeur est simple et claire.

On entend dire que la victoire de Jean-Marc Pujol ne fait aucun doute. Nous ne partageons pas cet avis.

Certes Aliot n’a pas de réserve de voix. Certes ceux qui ont voté pour lui n’ont pas tous envie que la ville tombe aux mains de l’extrême-droite et d’un homme davantage doué pour la dénonciation que pour la gestion.

Mais dans une ville qui s’abandonne si facilement à l’ivresse du pire, tout n’est-il pas possible ?

Fabrice Thomas
Contact : c.politique@orange.fr

Chassez le naturel il revient au galiot !

« Le dérapage par SMS de Louis Aliot candidat du Front National à Perpignan ». Tel est le titre du bandeau de une de L’Indép de samedi 22 mars.

23 mars 2014 004

Vendredi matin à 7h17, Frédérique Michalak, chroniqueuse politique de L’Indépendant reçoit un SMS de Louis Aliot. Il n’est pas content qu’elle ait publié une brève indiquant que six électeurs de sa liste, dont cinq dans les dix premiers, ne sont pas inscrits sur la liste électorale de Perpignan. Louis Aliot indique qu’il boycottera la soirée électorale que L’Indép organise dimanche à son siège.

Une demie-heure plus tard, à 7h43, la journaliste reçoit un nouveau SMS qui manifestement ne lui était pas destiné et sur lequel elle lit : « Je viens de signifier à cette pute de Michalac, que dimanche je ne me déplacerai pas dans sa boutique. Elle courra derrière l’info. J’écris ce matin à son patron… »

Jean-Michel Salvador qui consacre un long papier à l’affaire nous apprend également qu’Aliot a envoyé un troisième SMS à F. Michalak. Pour s’excuser pour le SMS qui ne lui était pas destiné. Mais le dirigeant national du FN se trouve des circonstances atténuantes : « Je trouve que notre traitement n’est pas respectueux. »
Voilà avec quelle violence Louis Aliot réagit auprès des siens à un article qui lui a déplu.

Nous ne sommes pas surpris. Tout simplement parce que ce n’est pas le premier dérapage de Louis Aliot. Quand en juillet 2013, un journaliste de Mediapart l’interroge sur son salaire d’attaché parlementaire européen de 5 000 euros par mois pour un travail à mi-temps, il lui répond : « Je n’ai pas à répondre à ce genre d’argumentation qui relève de la Gestapo. » Puis sur son blog, Louis Aliot commente les révélations du site d’Edwy Plenel : « Mediapart a pondu son œuf ! Un œuf pourri puant la haine et la vindicte… » « Mediapart s’inscrit dans une longue tradition de journaux de délation… »

La simple relation de faits vérifiés transforme le gentil Louis Aliot en soudard.

Nous en avons fait l’expérience en 2011 simplement pour avoir rapporté que lors d’un meeting à Bompas, Louis Aliot avait, le jour anniversaire de l’exécution de Basten-Thiry, rendu un vibrant hommage à l’organisateur de l’attentat du Petit-Clamart contre le général de Gaulle.

C’était des faits. Rien que des faits.

Quelques mois plus tard, dans un discours prononcé au Barcarès, au Salon du savoir-faire pied-noir, Louis Aliot est revenu sur ses propos en les justifiant et en nous désignant nommément à la vindicte de la salle. Louis Aliot, plus tard, a nié avoir eu un tel comportement. Mais il y a un enregistrement et quatre autres journalistes étaient présents.

La brève de Frédérique Michalak sur les colistiers de Louis Aliot n’était pas sévère. Il est vrai qu’elle touche à un sujet sensible pour Louis Aliot. Depuis deux ans il annonce une liste avec de grosses surprises, avec des personnalités perpignanaises. Au bout du compte, on constate qu’il n’est pas sorti de son vivier naturel et que sur la ville le FN est si démuni qu’il a du aller chercher des candidats ailleurs. Le numéro 3 de sa liste, Bruno Lemaire, habite et vote à Laroque-des-Albères. Le numéro 5, Xavier Baudry, habite et vote au Boulou. Puis il y a ceux qui sont inscrits sur la liste électorale et qui n’y habitent pas. La numéro 2, Clotilde Font-Gavalda réside à Canet. La numéro 4, Marie-Thérèse Fesenbeck habite à Villeneuve-de-la-Raho. Et Louis Aliot habite à Saint-Cloud plus souvent qu’à Millas. Voilà ce qu’il en est, seulement pour les cinq premiers de la liste.

Toute l’histoire du SMS d’Aliot est à lire dans L’Indépendant de ce jour, samedi 21 mars.

Fabrice Thomas

Contact : c.politique@orange.fr

L’ivresse du pire ou le renouvellement des pratiques politiques

Que le Front National donne de la ville de Perpignan une image sinistre est dans l’ordre des choses. C’est conforme à son idéologie mortifère. Il faut que ça aille mal, toujours plus mal pour qu’il parvienne à imposer ses solutions radicales. Mais on comprend mal qu’autant de candidats lui aient emboité le pas.

21 mars 2014 028

Légende : La réalité : au centre ville de Perpignan, moins de 5% des commerces sont fermés.

La liste des jeunes engagés, dont l’initiative est pourtant des plus intéressantes, s’est, elle aussi laisser happer par le tourbillon de la dépression ambiante.

Par contre nous comprenons très bien ce que disent ces jeunes quand ils écrivent : « Faire un programme ? Comme les candidats traditionnels ? Ce n’est pas notre truc ! Ces programmes ne sont qu’une compilation de mensonges : d’ailleurs rien de ce qui a été promis en 2008 et 2009 n’a été tenu par les élus en place… »(profession de foi )

Les jeunes engagés ne sont pas les seuls à penser que les promesses sont faites pour ne pas être tenues. Cette opinion est largement partagée.

Hannah Arendt écrit : « Il n’a jamais fait de doute pour personne que la vérité et la politique sont en assez mauvais termes, et nul autant que je sache, n’a jamais compté la bonne foi au nombre des vertus politiques. Les mensonges ont toujours été considérés comme des outils nécessaires et légitimes, non seulement du métier de politicien ou de démagogue, mais aussi celui d’homme d’Etat.» Ensuite elle pose une question : « Est-il de l’essence même de la vérité d’être impuissante et de l’essence même du pouvoir d’être trompeur ? » Essai Vérité et politique. Volume La crise de la culture.

La politique est en crise, mais c’est une bonne crise, une crise utile. La parole et les pratiques politiques sont rejetées parce qu’elles sont trompeuses et mensongères.

Il faut donc proposer des solutions pour remédier à cette grave crise de confiance.

C’est ce que font les listes conduites par Jean Codognès, Jean-Marc Pujol et Clotilde Ripoull. Aux municipales de 2008 et de 2009, Codognès et Ripoull dénonçaient diverses dérives. Même si en 2014 ils continuent à pointer du doigt un certains nombres de travers, comme le clientélisme, leur programme met en avant des propositions pour faire évoluer les pratiques politiques. Ils ont, ainsi que Jean-Marc Pujol signé la charte municipale d’Anticor. La mise en pratique de ses engagements exigeants représenterait une avancée très importante en matière de : Non cumul des mandats et des fonctions exécutives, de transparence, de reconnaissance de l’opposition, de participation citoyenne, de publicité des informations, de traitement des atteintes à la probité, de prévention du trafic d’influence, de choix des organismes financiers prêteurs.

Mais si les listes Codognès, Pujol et Ripoull ont fait un grand pas qui va vers une évolution des pratiques politiques, elles gardent un pied dans le passé. Ne serait-ce qu’au niveau du discours.

Pour que la parole politique retrouve de la crédibilité il faut aussi que les candidats apprennent à respecter les électeurs. Clotilde Ripoull annonce qu’élue, elle investirait 300 millions en six ans dans le développement économique, qu’elle créerait 4 pôles de compétitivité et que ça créerait 10 000 emplois privés. Ce n’est pas raisonnable. Ça défie la réalité économique.

Jacques Cresta est lui d’une totale mauvaise foi. Il promet un service public de l’eau dès 2014 alors que le marché avec Véolia vient d’être reconduit pour 12 ans. Sans d’ailleurs que les élus socialistes de l’agglo s’y soient opposés. Mieux ! ils l’ont approuvé. Et rompre le contrat avec Véolia aurait un coût phénoménal. Dans son tract sur l’eau, Jacques Cresta déclare : « Non à un maire et à un conseil municipal qui par leurs décisions enrichissent une multinationale ». C’est pourtant lui, qui est conseiller régional et Christian Bourquin qui ont fait le forcing pour que la gestion de plusieurs aéroports, dont celui de Perpignan, soit confiée à Véolia.

C’est formidable le bus gratuit. Mais ça coûte combien ? Il n’y a pas le début d’une étude financière. C’est juste un attrape électeurs. C’est vrai que c’est séduisant. Comme le train à 1 euro promis en 2010. Les usagers de la ligne Perpignan-Villefranche sont contents. Mais ceux des autres lignes nettement moins. Il n’est pas possible de continuer à traiter les électeurs ainsi, sauf à vouloir en faire des abstentionnistes ou à vouloir gonfler les rangs de ceux qui vont voter pour la dynastie Le Pen.

Jean Codognès a fait un effort pour crédibiliser son grand projet. Il a fait appel à un spécialiste du Tramway, Marc Le Tourneur, expert mobilité et déplacements urbains, ancien directeur des réseaux bus-tram de Strasbourg et de Montpellier. Sur la base des éléments qu’il donne, le projet semble convaincant, mais il manque une étude approfondie qui réponde aux questions que l’électeur pourrait se poser sur son coût et sa faisabilité. Il s’agit là d’un projet de grande ampleur, une ligne de 10 km reliant l’hôpital à l’université, pour lequel on ne peut pas se prononcer favorablement uniquement parce que c’est un moyen de transport séduisant et que les vieux Perpignanais ont la nostalgie du tramway. Un tramway dont Claude Simon a fait l’élément central du plus court et du plus accessible de ses romans, Le tramway. Le diable se loge dans les détails. Sur son site de campagne Jean Codognès, on voit une photo d’un tramway ainsi légendé : « Remplacer le bitume par un espace vert, c’est possible ! » Oui mais dans une ville où il pleut tout au long de l’année. A Perpignan la pelouse est une aberration car son arrosage nécessite une quantité d’eau beaucoup trop importante.

21 mars 2014 026

(Un lecteur nous signale que c’est une photo du tram de Mulhouse. Merci à lui.)

La liste Pujol promet 300 places de parking place de Catalogne. Comme en 2008 et 2009. Il a d’ailleurs été considéré urgent de fermer les Parcoville pour construire ce nouveau parking. Plus de 200 places de parking gelées depuis 2010. Pour rien. Et pour combien de temps encore ? Cela aurait mérité quelques explications.

Nous pourrions dresser une assez longue liste des trompes électeurs. C’est Cresta dont les mandats de conseiller régional et de député n’apparaissent sur aucun tract. Aliot a fait la même chose avec le logo du FN.

Et oui, plus grand monde n’est dupe, cette façon de faire de la politique fonctionne de moins en moins. Et dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner que ces municipales ne captivent pas les foules.

En reprenant l’idée d’Arendt, on peut affirmer qu’il n’est pas dans l’essence de la vérité d’être impuissante et du pouvoir d’être trompeur. A nous électeurs de ne pas nous résigner. Surtout si nous mesurons l’ampleur des risques.

Mais comme l’écrivait Montesquieu : « On va au mal par une pente insensible, et on ne la remonte au bien que par un effort. »

Fabrice Thomas
contact :c.politique@orange.fr