Municipales : Marine Le Pen défend une mesure qui menace les libertés fondamentales

Dans un interview donné le 28 mars au journal Le Monde, Marine le Pen s’explique sur une des mesures que devront appliquer les villes dirigées par le FN : « Refuser toute subvention et toute aide à des organisations ou des projets communautaristes ».

On savait que cette mesure visait les associations que les dirigeants du FN qualifient habituellement de « communautaristes », MRAP, SOS Racisme, La Ligue des Droits de L’Homme, LICRA… Des associations qui s’opposent fréquemment au FN, notamment devant les tribunaux.

Mais dans son interview, Marine Le Pen va encore plus loin : « Refuser de subventionner les associations politisées et ou communautaristes est un acte politique » Et elle poursuit : « Quand la Ligue des droits de l’homme fait un tract pour appeler à voter pour ou contre quelqu’un, c’est une association politisée. Elle n’a qu’à se constituer en parti politique. Les associations peuvent prendre des positions politiques. Mais, à partir du moment où elles demandent des subventions publiques, elles se doivent de respecter un devoir de réserve. »

Marine Le Pen a t-elle conscience que les lois françaises ne permettent pas de couper les vivres à une association en invoquant un devoir de réserve ?

Ce droit de réserve des associations ne figure pas dans nos lois.

Mais dans la pratique, il suffira de supprimer les aides publiques sans donner de justification.

Sur quels critères un maire FN décidera t-il qu’une association est politisée ? Nombre d’associations et de syndicats prennent, sur un sujet ou sur un autre, des positions qui pourront être qualifiées de « politisées ».

Quant à la possibilité pour une association ou un syndicat d’appeler à voter pour ou contre un candidat, cela ne concerne-il pas seulement les adhérents de cette association ou de ce syndicat ? Au nom de quel principe pourrait-on leur interdire de faire un choix, d’exprimer une préférence ou une opposition ?

Cette mesure fait partie d’une charte adoptée par le bureau politique du FN en septembre 2013. On y lit : « Ce texte ne constitue pas un programme en vue des élections municipales mais fixe 10 principes essentiels à appliquer à l’action et à la gestion municipale. »

Le Monde a demandé à la présidente du FN : « La charte municipale du Rassemblement Bleu Marine sera le programme commun de tous les maires FN ? » Et elle répond « Oui ».

A Perpignan et ailleurs semble t-il, aucun candidat du Rassemblement Bleu Marine n’a diffusé cette charte. Et voilà qu’elle apparaît au grand jour la veille du second tour !

Y a t-il un autre parti qui propose une mesure aussi dangereuse pour nos libertés ? Aucun. Sauf peut-être des groupuscules qui sont loin de pouvoir prétendre à la gestion de la cité.

Si le FN peut-être considéré comme un parti comme un autre parce que son action s’inscrit dans le cadre des lois de la République, cela n’en fait pourtant pas un parti comme les autres. Il nous en fait lui-même la démonstration.

Cette mesure et l’application qu’en propose Marine le Pen révèle un état d’esprit. Un état d’esprit inquiétant.

Fabrice Thomas

Contact : c. politique@orange.fr

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