Frédéric Gonano démissionne du Parti Socialiste

Frédéric Gonano, conseiller municipal PS de Perpignan a rendu publique la lettre de démission qu’il a le 4 avril adressé à Harlem Désir, premier secrétaire du Parti Socialiste.

Cher 1er secrétaire, Cher Camarade,

Le hasard du calendrier aura fait que la présentation en Conseil des Ministres du projet de loi sur le non-cumul des mandats sera passée en second plan, derrière le séisme de « l’affaire Cahuzac ».

Sur ce point, et au-delà de la faute impardonnable qui a été commise (et pour laquelle la justice fera son travail), tout le monde met en avant les mensonges proférés devant la représentation nationale et devant les Français pour s’en indigner à juste raison. Et nous les condamnons tous sans exception.

Mais c’est oublier que nombre de députés socialistes élus en juin 2012 ont également usé du mensonge devant les Français. Ils s’étaient engagés, s’ils étaient élus, à démissionner de leurs éventuels mandats exécutifs locaux avant le 30 septembre 2012. Nous savons ce qu’il advint de cet engagement… Les sénateurs élus l’année précédente avaient pris le même engagement…avant d’y renoncer eux aussi.

Comment ne pas y voir un parallèle détestable et ravageur ? C’est la République (irréprochable) qui est atteinte, durablement, en son cœur même. Le Président, pas plus que le Parti Socialiste, ne peuvent être tenus responsables des mensonges d’un seul homme. Mais il revient au Président et au gouvernement de mettre en place les outils de la République irréprochable tant promise et tant attendue. Et il faut frapper fort, vite et clair dans un esprit d’équité et de justice (non cumul des mandats strict, non cumul dans le temps, loi sur les conflits d’intérêt, inéligibilité définitive pour les élus condamnés, réforme territoriale ambitieuse, diminution du nombre de parlementaire, dose de proportionnelle aux élections législatives, fiscalisation des indemnités des élus, réforme du système de retraite des députés et sénateurs, transparence des dépenses et des patrimoines des élus…). J’ai peur que nous n’en prenions pas le chemin ; il est pourtant inévitable !

Dans cette atteinte aux fondements de la République, les circonvolutions autour du non-cumul sonnent comme un mauvais vaudeville bas de gamme, alors même qu’il devait constituer 1 des éléments essentiels d’une moralisation attendue et nécessaire de l’action publique. En Conseil des Ministres a été présentée la loi sur le non cumul avec la confirmation officielle d’une volonté d’application pour 2017 et non dès 2014.

Aussi, comme je t’en avais informé par courrier en date du 20 février 2013, je te confirme que je présente ma démission du Parti Socialiste à compter de ce jour.

Attaché aux principes qui m’ont fait prendre la carte du Parti Socialiste et aucune autre, je ne peux que constater, avec amertume et regret, le fossé qui m’en sépare désormais. J’y reste fidèle et j’aurai encore voulu croire à un sursaut…. Peut-être viendra-t-il d’une décision du PS, sous ton autorité, pour ne donner les investitures pour les prochaines municipales qu’aux adhérents qui respectent le souhait de plus de 80% des militants quant au non cumul.

Certain qu’il y a des gens de valeur au Parti Socialiste, et dans l’espoir que le débat au Parlement permette de modifier la date d’application de cette loi, je t’adresse, cher Premier Secrétaire, cher Camarade, mes plus sincères salutations.

Frédéric GONANO
Conseiller Municipal Perpignan

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Une révolution démocratique est plus que jamais nécessaire

Les affaires se succèdent à un rythme impressionnant, à un rythme qui devient intenable pour une classe politique qui a largement perdu la confiance des Français.

François Hollande pouvait-il être celui qui ferait cette petite révolution démocratique si nécessaire ? Oui ! Mais il a reculé à la première bourrasque. Six mois après son élection, il déclarait encore que la loi limitant le cumul des mandats devait être faite avec célérité. Puis les grands élus du PS ont rué dans les brancards et François Hollande a reporté son application à 2017.

La démocratie représentative est un système politique qui ne peut pas se passer de la confiance. Sans confiance, la démocratie s’émiette et puis s’effondre. C’est ce qui est en train de se passer.

Nous ne voulons pas, comme le demande madame Le Pen, la démission du gouvernement, ni la dissolution, encore moins une crise de régime.

Nous qui tenons à la démocratie et qui la considérons comme notre bien le plus précieux, nous n’en voulons pas moins, nous en demandons plus.

Certes, l’histoire nous apprend que les castes préfèrent périr plutôt que de renoncer à leurs privilèges.

C’est au peuple de s’exprimer, de dire qu’il veut une vraie loi de limitation du cumul des mandats, en nombre et dans la durée. Un mandat renouvelable une fois. C’est au peuple de dire qu’il veut des vraies mesures qui permettent de s’assurer de la probité des élus. Ils doivent accepter que leur patrimoine soit contrôlé par une autorité indépendante qui dispose de tous les moyens pour mener sa mission. Ils doivent accepter une totale transparence sur leurs indemnités et les frais qui y sont liés. Comme dans certains pays scandinaves. Tous les documents qui s’y rapportent doivent être consultables par tout citoyen, simplement. Aujourd’hui la loi empêche la communication de tous documents nominatifs.

La révolution démocratique est en marche et ce n’est pas quelques centaines de cumulards qui l’arrêteront.

Redonner de la crédibilité aux élus de la République

Ils sont nombreux, très nombreux les électeurs qui vont avant tout voter pour accomplir leur devoir civique en se souvenant que leurs aïeux se sont battus pour conquérir le droit de vote. Et malgré cela, l’abstention a, lors des dernières élections législatives, atteint un nouveau record dans ce type d’élection. 42,7 % des électeurs ne se sont pas déplacés pour mettre un bulletin dans l’urne. L’élection des députés est pourtant un scrutin de première importance.

Nous savons tous, électeurs et élus, que l’image de la politique et de ceux qui la font se dégrade à chaque élection un peu plus. Nous n’avons peut-être pas atteint le fond, mais il n’est pas loin.

Plusieurs fois par an, la presse publie des études d’opinion qui montrent que la défiance à encore progressé et que jamais le fossé n’a été aussi grand entre les citoyens et la classe politique.

Une nette majorité de Français pensent que les politiques sont corrompus. Il y a ces fameuses affaires qui du niveau local au niveau national défraient en permanence la chronique. Il y a ces récurrentes révélations sur le train de vie des élus. Spectacle si permanent qu’il ne fait même plus scandale. C’est la routine. La révélation de nouvelles affaires et de nouveaux abus ne sert qu’à entretenir l’opinion dans l’idée, aujourd’hui dominante, que la classe politique se préoccupe avant tout d’elle-même, de ses revenus et de ses avantages.

« Aujourd’hui, en France, la jouissance du pouvoir semble souvent plus importante que le responsabilité et l’exercice du pouvoir. Nous préférons encore les hochets et les postures du pouvoir à l’œuvre qu’il permet d’accomplir. ». L’auteur de ce terrible constat est un homme du sérail. Et de haut rang. Il a été maire, député, ministre… C’est Michel Delevoye dans son livre Reprenons nous ! Et dans la même veine, il écrit aussi, « J’en conclus, qu’au sein même du champ politique, l’enjeu du pouvoir est si puissant qu’il tend à phagocyter tous les autres. »

Alors que le corps des élus devrait être celui qui suscite le plus la confiance des Français, c’est, avec les journalistes, celui qui en recueille le moins.

Tout cela met à mal l’idée de démocratie et l’adhésion à ses valeurs qui devrait être un des éléments clefs de la cohésion sociale de notre pays.

Faute de suffisamment de valeurs partagées, notre pays se fragmente, s’émiette en groupes d’intérêts, en corporatismes, en communautés, en  visions égoïstes… Faute de liens suffisamment forts, la France a de plus en plus de mal à faire société.

Pour rétablir la confiance, il faut que les élus satisfassent au besoin d’exemplarité qu’exige une démocratie en bonne santé.

Il faudrait pour cela, limiter plus strictement le cumul des mandats électifs.

Il faudrait également et cela doit aller de pair, instaurer une totale transparence sur les indemnités et les frais des élus. Il faut par exemple savoir que lorsque les indemnités d’un élu dépassent le plafond autorisé par la loi, l’argent ne reste pas dans les caisses du Trésor Public. L’élu concerné fait attribuer la somme à un autre élu. A qui Christian Bourquin qui est président de la région, sénateur et président d’organismes qui lui versent des indemnités, fait il bénéficier de son dépassement ? Impossible de le savoir, c’est une information nominative et donc non communicable. L’application de l’écrêtement n’étant pas contrôlée, il n’est pas certain que tous les élus concernés s’y soumettent. Le plafond est fixé à 8 200 euros mais il peut être dépassé avec des indemnités qui n’entrent pas dans le calcul, comme celles versées par les communautés de commune. Il faut en finir avec ce genre de pratiques.

Face à quelques milliers d’élus cumulards qui ne veulent pas voir leurs privilèges remis en cause, il y a des millions et des millions de Français qui ne supportent plus que des hommes et des femmes qui ne respectent pas le code moral commun leur dictent la conduite à tenir.

C’est l’avenir de notre démocratie, c’est l’avenir de notre pays qui sont en jeu !