Ils n’ont pas changés !

lIls n’ont pas changés !

Rien ne m’irrite davantage que d’entendre des ténors de l’extrême-droite se revendiquer du gaullisme. Alors Dupont-Aignan ralliant Le Pen, ça me fait mal au ventre. Une alliance scellée au nom du gaullisme que Jean-Louis Debré qualifie très justement « d’escroquerie intellectuelle ».

Vous imaginez le général de Gaulle approuvant l’annexion de la Crimée et la politique expansionniste de Vladimir Poutine ? Ne parlons même pas de l’argent des banques Russes. Qui peut croire que Moscou finance le FN sans contrepartie ? La politique étrangère du parti d’extrême-droite est bien loin de celle que pratiqua le Général de Gaulle.

Certes le Front National récupère tout, recycle tout. Comme Louis Aliot qui aux élections européennes de 2009 enrola Jean Jaurès : «  Jaurès aurait voté Front national » lisait-on sur les affiches du candidat d’extrême-droite. Qui ne sait pas que Jaurès s’opposa de toutes ses forces aux nationalistes qui voulaient la guerre ? C’est l’un de ces derniers qui assassina le leader socialiste en 1914. Il ne faut pas comme le fait le FN confondre le patriotisme et le nationalisme, une idéologie responsable de tant de guerres. Ne l’oublions pas

Rappelons que l’anti-gaullisme de l’extrême droite s’est forgé sous le régime de Vichy et qu’il a été ravivé par la guerre d’Algérie. On peut facilement comprendre que les hommes et les femmes arrachés à la terre d’Algérie ne portent pas De Gaulle dans leur cœur. Mais on ne peut pas avoir la moindre indulgence pour un Louis Aliot qui, 50 ans après, lors d’un meeting à Bompas, le 11 mars 2011, jour anniversaire de l’exécution de Bastien-Thiry rendait un vibrant hommage à l’organisateur de l’attentat du Petit-Clamart contre le président de la République.

Didier Melmoux, référent départemental d’Anticor 66 et aussi militant de Debout la France approuve sans réserve l’accord que Dupont-Aignant vient de passer avec Marine Le Pen. On attend impatiemment que M. Melmoux explique comment il concilie ses responsabilités au sein d’une organisation qui lutte contre la corruption avec son soutien à un parti qui traîne autant de casseroles. Et comment concilie t-il son admiration pour la probité exemplaire du général de Gaulle avec l’énorme sous-évaluation que Marine et Jean-Marie Le Pen ont fait de leur patrimoine. Cinq enquêtes judiciaires visent le FN et ses dirigeants.

Beaucoup disent que le FN de Marine Le Pen n’a plus rien à voir avec celui que dirigeait son père. Il ne faut pas aller bien loin pour démontrer que cette affirmation est fausse. Archi fausse !

Le parti d’extrême-droite est resté fidèle au nom que lui donnèrent les anciens de Vichy, de l’OAS… qui créèrent le Front national. Le logo emprunté au MSI, parti néo-fasciste italien, est toujours là.

Le soir du premier tour Marine Le Pen a annoncé qu’elle renonçait à la présidence du Front national. Quelques jours plus tard Jean-François Jalkh, vice-président du parti lui succédait. Pas pour longtemps. Il a rapidement été dégagé, avant que les révélations sur les propos négationnistes qu’il aurait tenus et le rappel de son admiration pour Pétain dont il a fleuri la tombe, ne fassent trop de vagues. Il n’y a qu’au FN que cela arrive.

Dans l’abondante littérature consacrée au Front national publiée ces derniers mois, un livre émerge, Marine est au courant de tout. Une enquête très fouillée signée par Mathias Destal (Mediapart) et Marine Turchi (Mariane). Une bonne partie du bouquin est consacrée aux hommes de l’ombre. A la bande à Marine surnommée la GUD connection. Le GUD est un groupe d’exrême-droite surtout connu pour sa violence. Barres de fer et saluts nazis. Les anciens dirigeants du GUD que sont Philippe Péninque, Axel Lousteau et Frédéric Chatillon composent le staff parallèle et caché de Marine le Pen. Ils ont une influence considérable sur la politique, la stratégie et la communication du Front national.

Nous avons eu le tort de croire les commentateurs et les spécialistes de l’extrême-droite qui depuis des années nous répètent que Marine le Pen et Louis Aliot ont fait le ménage. Certes, ils ont écarté Jean-Marie Le Pen et des cranes rasés un peu trop visibles. Mais pendant ce temps le FN gonflait ses rangs d’extrémistes à qui il confiait des responsabilités, qu’il présentait à des élections. A Perpignan l’un d’eux est conseiller municipal et il est un des piliers de la fédération.

Roger Holeindre, ancien de l’OAS, fondateur et ancien dirigeant du FN parlant des Gudards de la bande à Marine déclare aux auteurs : « On peut me classer à l’extrême-droite , mais je n’ai jamais été hitlérien. »

Le FN n’a pas changé. Marine l’a seulement rendu plus présentable.

Fabrice Thomas

Contact : c.politique@orange.f

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