Indemnités des élus : pourquoi Pujol a t’il ouvert la boîte de Pandore ?

La décision d’augmenter de façon très importante les indemnités de neuf élus de la majorité a provoqué un séisme dans l’opinion. Un séisme prévisible. Alors pourquoi Jean-Marc Pujol a-t-il fait ce choix indéfendable ?

Il a d’abord réveillé le FN dont les élus somnolaient depuis près de deux ans sur les bancs de l’opposition. Cela pour la plus grande satisfaction d’une majorité rarement contestée. Habitué depuis des lustres à des débats animés,comment ne pas regretter les voix de Jean Codognès, Jacqueline Amiel-Donat, Nicole Gaspon, Clotilde Ripoull et avant eux Claude Cansouline et Colette Tignères ? Bref, le conseil municipal est devenu une ennuyeuse chambre d’enregistrement. Mais quand votre adversaire vous livre sur un plateau les armes et les munitions pour lui tirer dessus, vous n’avez pas trop le choix !

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Il semble qu’au départ l’augmentation ne devait concerner que quelques élus, puis un nom s’est ajouté, puis un autre. Apprenant que l’indemnité de Pierre Barbé passait de 500 euros à 2 400 euros, Stéphane Ruel, maire-adjoint ne voulait pas percevoir moins qu’un conseiller municipal délégué. Son indemnité est donc passée de 1600 à 2400 euros.

Si elle avait été accompagnée de solides justifications, voire de la baisse d’indemnités d’un ou de plusieurs élus moins actifs, l’augmentation accordée à quelques-uns n’aurait pas provoqué un scandale.

Parmi ceux que la décision fâche, il y a les centaines de responsables d’associations et derrière eux des milliers d’adhérents à qui il a été expliqué que la baisse des dotations de l’Etat contraignait la mairie à baisser les subventions.

Et puis, il y a ce qui apparaît comme une tentative d’acheter le silence du FN en lui proposant une indemnité de 300 euros pour ses 10 élus (11 avant la défection de Clotilde Font). La ficelle était un peu grosse. Imaginons un instant que les élus FN aient accepté le deal. Ils en seraient ressortis complètement discrédités. Le marché était inacceptable.

Elu depuis 1989, Pujol sait que la question des indemnités se règle lors du conseil municipal qui suit l’élection et qu’après on en reparle plus. Le Pujol d’aujourd’hui ne semble plus être le même que celui qui, tout au long de son parcours politique, s’était fait la réputation d’être un homme prudent qui bordait bien les dossiers.

L’augmentation des indemnités n’a-t-elle pas un objectif politique ? Elle rafistole une majorité qui doute de son patron et qui est fragile comme l’a montré le vote à bulletins secrets pour l’élection d’une nouvelle adjointe au maire. Sur les 44 membres du groupe majoritaire, il a manqué 12 voix à Annabelle Brunet. Contrôler le groupe majoritaire est pour Jean-Marc Pujol plus important que le traitement d’une impopularité qui est de toute façon bien installée.

De la boîte de Pandore, il est sorti de nombreuses réactions qui ont fait plus ou moins de dégâts. Dans un autre climat, la publication par L’Indépendant des montants des indemnités des élus n’aurait pas eu autant d’effets désastreux. Les contribuables perpignanais n’ont pourtant pas tout vu. Il faut ajouter les indemnités distribuées aux élus de la ville par le Sidetom (traitement des ordures ménagères), le SDIS (pompiers), des syndicats à diverses vocations, l’hôpital, l’office HLM…

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Dans un climat de défiance massive à l’égard de la classe politique, de compression des dépenses publiques et de baisse des indemnités des élus comme nous l’avons vu après les élections régionales, la décision du maire a frappé les esprits. Ce choix malencontreux est comme le Fouquets de Sarkozy, il va coller à la peau de Jean-Marc Pujol et, dans une moindre mesure, aux neuf bénéficiaires dont la presse et le FN ont largement diffusé les noms. Mais pour l’instant tout à leur bonheur, plusieurs d’entre eux se sont retrouvés le lendemain du conseil municipal dans une brasserie réputée du centre ville pour y trinquer au champagne. F.T.

Contact : c.politique@orange.fr

Indemnités des élus : Pujol a ouvert la boîte de Pandore

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