FN : le dur apprentissage de la gestion de la ville

« Ça volait bas » lâche un élu de la majorité à la sortie du conseil municipal de Perpignan.

Aliot était absent. La conquête d’un nouveau mandat passe avant l’accomplissement de ceux qu’il détient déjà. Bruno Lemaire remplaçait donc le président du groupe Perpignan Ensemble. L’ancien prof de HEC est tout le contraire d’Aliot. Ses interventions sont dépourvues d’idéologie et mesurées. Il interroge et questionne beaucoup quand l’autre soupçonne, assène et martèle avec la finesse qui le caractérise. Le trop modeste Lemaire apprend et il y a de bonnes chances pour qu’il apprenne vite. Mais, en attendant, il pédale dans le vide.

Quel intérêt le groupe FN a t-il à demander que les conseils municipaux soient filmés et diffusés sur le site internet de la ville ? Les élus d’extrême-droite, tous novices, n’ont rien à gagner à montrer au grand jour qu’ils ignorent presque tout de la gestion d’une ville. Fort heureusement pour eux, Jean-Marc Pujol leur a répondu que la transmission du conseil avait été expérimenté sur une longue période (à l’époque de la télé locale) et qu’elle avait eu un coût élevé, 90 000 euros par an pour une audience très réduite. Le maire a donc conclu : “ On va continuer à faire des économies “.

Revenons aux débats. Mohammed Bellebou a ouvert le bal : « Je veux dire publiquement notre étonnement et notre profond désaccord devant le fait que vous ayez prêté gracieusement une salle municipale, la salle de Libertés afin de permettre le déroulement d’une élection à la présidence d’une nation étrangère…. » L’élu FN visait le prêt de la salle des Libertés au consulat d’Algérie de permettre aux ressortissants algériens de voter le 17 avril. Le maire a répliqué en déclarant que la ville avait répondu à une demande de la préfecture et que cette salle des Libertés avait déjà été utilisée par le FN bien qu’il y ait des personnes qui aient manifesté une hostilité à ce prêt.

On est ensuite passé aux choses sérieuses avec le premier point de l’ordre du jour. Demande de subvention à l’Europe dans le cadre du programme Feder 2014/2020 : « Pour compléter la restauration et la mise en valeur de l’hyper centre historique, destiné à proposer des itinéraires croisés de la connaissance relatifs à différents types de patrimoine : militaire, gothique, baroque, chemin des arts, chemin des fontaines, itinéraires de mémoire… » Alexandre Bolo a, au nom du FN, proposé un itinéraire gourmand. Mais sans dire ce qu’il y mettait. La campagne est pourtant terminée. Il faut peut-être arrêter de lancer des “ bonnes idées “ sans avoir une seconde réfléchi à leur contenu et à leur réalisation.

Le future assistant parlementaire de Louis Aliot

« Tout argent venant de l’Union Européenne pour soutenir ce projet et qui ne serait pas prélevé dans les poches du contribuable perpignanais est bon à prendre. », a déclaré Alexandre Bolo. Celui qui a lourdement laissé entendre qu’il serait assistant parlementaire de Louis Aliot va donc prochainement pouvoir apprendre d’où vient l’argent de l’Europe.

Avec la série d’affaires d’escroqueries aux subventions de rénovation de l’habitat qui sont jugées par le tribunal correctionnel au cours du premier semestre on s’attendait à une grosse offensive du FN. Il n’en fut rien. Il y avait pourtant beaucoup à dire. Il est de notoriété publique que depuis des décennies, des subventions sont accordées avec si peu de contrôle de l’Anah que les “ malins “ ont compris qu’il y avait de l’argent à se faire. M. Pujol précise que la ville n’est pas en cause. Certes pas directement, mais elle a quand même considéré qu’il était utile de modifier le règlement d’attribution des aides municipales en élevant le niveau des contrôles. Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Profitant de la délibération sur une demande de subvention pour faire des travaux de restauration à la Casa Sanxo, Clotilde Font a interrogé le maire sur l’affaire du vol d’oeuvres du patrimoine dans les réserves de la ville. Jean-Marc Pujol a renvoyé à l’enquête en cours et il a précisé qu’une personne qualifiée avait été recrutée pour faire l’inventaire des collections. Il n’a pas répondu aux légitimes inquiétudes exprimées par l’élue FN sur les conditions de conservation des objets d’art et d’ethnographie.

Après la présentation d’une convention entre la ville de Perpignan et le Centre communal d’action sociale relative à 8 postes transformateurs ERDF qui seront peint dans le cadre de chantiers d’insertion, Xavier Baudry a interrogé : « Seront ils décorés aux couleurs de notre belle culture catalane ou façon hip-hop ? » Jean-Marc Pujol a indiqué que les fresques peintes sur les transformateurs, depuis déjà plusieurs années, étaient respectées, ni tag , ni affichage sauvage.

Le groupe FN se divise

L’unité du groupe FN n’aura pas tenu longtemps. Elle a volé en éclats dès la troisième séance du conseil municipal. Lors de l’adoption du règlement intérieur, Bruno Lemaire a présenté un amendement et annoncé que son groupe s’abstiendrait. Mais comme l’amendement a été accepté par le maire, le groupe FN aurait dû voter pour le règlement ainsi modifié. Pas du tout. Entendant que quelques-uns des siens ruaient dans les brancards, Bruno Lemaire a annoncé que les membres de son groupe auraient liberté de vote. Mohamed Bellebou et Alexandre Bolo ont voté contre et les 9 autres élus d’extrême-droite se sont abstenus.

Conformément aux engagements qu’il a pris en signant la charte d’Anticor, Jean-Marc Pujol a présenté une délibération portant sur la création de 3 commissions : finances, attribution des subventions et délégations de services publics. Malgré les déclarations d’hostilité de Louis Aliot à l’égard d’Anticor, le groupe FN a voté pour et Bruno Lemaire a accepté de présider la commission des finances. Même si cette décision n’a pas suscité de commentaire, elle fait grincer des dents. Ce n’est que la mise en application de la charte Anticor des municipales. Elle indique que la présidence de la commission des finances reviendra à un membre de l’opposition.

Francophobie ?

Quelques heures avant le conseil municipal, Louis Aliot avait diffusé un communiqué de presse titrant « La municipalité est-elle francophobe ? » Quand on amène de l’eau au moulin du FN il est normal que ses ailes se mettent à tourner. En cause le texte de présentation du comité consultatif consacré aux « affaires catalanes » . On y trouve l’habituelle prose catalaniste : « Cette urgence est accrue par l’arasement produit par plusieurs décennies d’enseignement et de médias strictement francophones et par la revendication, chaque jour plus vive, d’une autodétermination du Principat, qui change durablement quelle que soit l’issue de cette problématique, les rapports entre la Catalogne et l’Etat espagnol. » Un excès en appelle un autre. On est habitué. Il aurait peut-être été préférable de bien cerner le rôle de ce comité consultatif dont on ne sait pas à quoi il va servir. Catherine Pujol a repris le discours du FN : « Nous sommes opposés au communautarisme et à tout ce qui peut-être opposé à notre République et opposé à notre identité nationale. » Annabelle Brunet et Brice Lafontaine lui ont fait une réponse formaté catalaniste. Il a manqué une réponse de fonds mettant bien les points sur les i. Après le déplacement de la représentation de Perpignan de Barcelona à Girona puis sa fermeture définitive, il ne serait pas inutile que la municipalité livre sa vision des « affaires catalanes ». C’est moins facile à faire que des envolées lyriques.

Commencé à 17 h, l’examen de l’ordre du jour s’est achevé à 19h. Il comportait 28 délibérations, dont aucune n’était très importante.

Alors que des membres de la majorité accueillaient par des rires et des sourires amusés les interventions venant du groupe FN, le maire a joué avec rondeur le rôle du maître d’apprentissage patient et indulgent pour les maladresses de ses élèves. Les élus du FN vont apprendre, ils vont en particulier pouvoir constater la distance considérable qu’il y a entre la dénonciation tous azimuts par temps de campagne électorale et la gestion concrète d’une ville dans ses très nombreuses compétences et domaines d’intervention. Fabrice Thomas

Contact : c.politique@orange.fr

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