FN : un parti comme les autres ?

« Le FN est devenu un parti comme les autres. Presque banal. » écrivait, Jean-Michel Salvador dans un billet éditorial publié en page 3 dans L’Indépendant du 15 février. Le chef de l’édition locale tirait les conclusions du déroulement, sans incident, d’un débat auquel Louis Aliot avait participé à l’université : « Un débat organisé sur le campus, jadis haut lieu de tant de batailles idéologiques aujourd’hui obsolètes… Ainsi, jeudi, malgré les craintes, aucun débordement ne fut à déplorer. »

Profondément marqué par des idéologies extrémistes, le vingtième siècle a emporté avec lui une violence politique qui s’exerçait dans les universités plus qu’ailleurs. Une violence dont l’extrême-droite était un des protagonistes. Et puis, ces toutes dernières années, le FN a décidé de gommer son image extrémiste. Il y est en partie parvenu. Les médias ont relayé son nouveau discours sans trop se préoccuper de sa conformité avec la réalité. Mais la vague de démissions d’hommes et de femmes qui avaient récemment rejoint le FN montre les limites de la dédiabolisation. Les nouveaux venus décrivent un parti où règnent racisme et homophobie. Un parti loin des déclarations publiques de ses dirigeants. Les Français sont toutefois de plus en plus nombreux à considérer que le FN est un parti comme les autres.

Nous savons d’où vient le Front National. Il a été porté sur les fonds baptismaux par le rassemblement néo-nazi Ordre Nouveau avec l’objectif de regrouper tous les nationalistes dans un parti qui s’inscrirait dans le jeu politique. Une démarche qui s’inspirait du MSI, parti néo-fasciste italien qui obtenait de bons résultats électoraux. La référence au MSI ira jusqu’à l’adoption du même emblème, une flamme aux couleurs du drapeau national. François Duprat, stratège du mouvement nationaliste-révolutionnaire écrivait: « Cette phase doit voir le parti nationaliste ainsi constitué jouer son propre jeu politique dans la course au pouvoir. C’est à ce moment là seulement que toutes les méthodes de lutte pourront être valablement employées pour provoquer la révolution nationaliste et populaire. »

Mais savons nous où le FN veut aller ? Quand un parti extrémiste pèse autant, il n’est pas inutile de s’interroger sur ce qu’il ferait s’il arrivait au pouvoir. N’est-ce pas son objectif ? Même si sa doctrine sociale et économique a évolué, le FN reste avant tout un parti nationaliste. Il met le nationalisme au-dessus de tout. C’est ce qui explique son attirance pour la Russie et le régime de Poutine. Lors de son voyage en Russie, en juin 2013, Marine Le Pen a multiplié les déclarations complaisantes. Que l’état de droit n’y soit qu’une façade, que ce pays soit parmi les plus corrompus de la planète, que les mafias au pouvoir contrôlent l’économie, que l’on y tue journalistes, avocats et tous ceux qui ne se soumettent pas, ne dérange pas Marine Le Pen. Le nationalisme avant tout. Il est vrai que nationalisme et démocratie n’ont jamais fait bon ménage. La démocratie n’est pas dans l’ADN du Front National. Et il n’y a pas, dans son programme, de proposition qui vise à améliorer son fonctionnement. Ce serait plutôt le contraire, le FN entend prospérer sur la crise du politique et sur le rejet « du système ». Et cela sans nous en dire beaucoup sur sa vision du fonctionnement des institutions. Et ce qu’il expose n’est guère rassurant.

On pourrait se poser la même question si le parti de Mélenchon représentait 20% de l’électorat. Les déclarations de ce dernier sur Cuba et sur le Venezuela ne nous donnent pas l’impression qu’il mette la démocratie au cœur de son projet de société.

La presse a pendant des décennies diabolisé le FN, ce qui n’était pas la meilleure façon de s’opposer à sa progression. A présent, elle participe à sa dédiabolisation et elle le banalise un peu facilement…

Fabrice Thomas

contact : c.politique@orange.fr

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