Chapeau l’artiste !

« Je vous le dis très sereinement, ou presque, ma vie publique, du moins celle qui s’exerce à travers un mandat électif s’achèvera dans quelques semaines. » Jean-Paul Alduy a, dès le début de son discours, répondu à la question que tout le monde se posait depuis quelques temps. Il l’a fait lors de la cérémonie de vœux de l’agglomération Perpignan-Méditerranée. Il y avait la foule des grands jours au Palais des Congrès. Tout le monde savait que ce ne serait pas une cérémonie de vœux comme une autre. Et l’éventualité d’un retrait devenue ces derniers jours une forte probabilité constituait un évènement auquel beaucoup n’osaient croire. Le 30 janvier 2014, Jean-Paul Alduy a annoncé qu’il ne briguerait plus aucun mandat. C’est localement un évènement d’importance. Les Alduy ont marqué cette ville. Leur nom est lié à celui de Perpignan depuis 1959. Ca fait un bail, comme on dit familièrement.

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L’homme politique qui aura 72 ans au mois de mai a eu la sagesse de ne pas s’engager dans le mandat qui risquait d’être celui de trop. Mais on ne quitte pas le pouvoir, cette puissante drogue, si facilement. Jean-Paul Alduy a du peser le pour et le contre, évaluer le rapport de force, prendre le poul de l’opinion. Il a dut penser à son père dont le dernier mandat commencé à 75 ans fut catastrophique. Il a peut-être senti que l’Alduysme avait assez duré. Il se retire avec panache alors que sa présence sur la liste de Jean-Marc Pujol aurait sans aucun doute provoqué une forte dénonciation de la dynastie Alduy qui continuait encore et encore et qui n’en finissait pas.

Dans son discours d’une vingtaine de minutes, JPA a été fidèle à lui-même. Il a mis toute son énergie et il n’en manque pas, au service de sa grande mystique. Il y a 20 ans, il faisait vraiment rêver son auditoire quand il discourait sur le rapprochement avec Barcelone, sur le TGV, sur la dynamique économique qui s’annonçait. Le miracle ne s’est pas produit. Perpignan a progressé dans de nombreux domaines, ne l’oublions pas, mais économiquement et socialement, elle va plus mal. Ce n’est certes pas de la faute d’Alduy si l’économie de notre pays, celle de nos voisins de Catalogne et d’Espagne sont en crise. Mais il a tardivement, beaucoup trop tardivement, fait du développement économique sa priorité. Les grands mots, les grandes phrases, les grandes idées, les grands rêves, les grands gestes, l’excès de lyrisme, se sont fracassés contre la réalité. “Le parfum“ s’est volatilisé. La mystique ne fonctionne plus. Ainsi se termine l’Alduysme. Mais l’artiste a réussi sa sortie. Une belle sortie sous des applaudissements soutenus. Ça mérite d’être salué.

Fabrice Thomas

Contact : c.politique@orange.fr

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