Dieudonné : réponse à ceux qui considèrent que l’on en a trop fait

Si notre société, ses médias, ses intellectuels, sa classe politique avaient réagi avec force depuis déjà plusieurs années aux ignominies de Dieudonné, il ne serait pas devenu nécessaire, il ne serait pas devenu indispensable que l’Etat intervienne.

Nous l’avons vu en 2008 quand Dieudonné a fait monter le négationniste Faurisson sur la scène du Zénith à Paris pour lui faire remettre un prix par un personnage portant une tenue de déporté. Les réactions n’ont pas été, loin de là, à la hauteur de la gravité de l’évènement.

En 2013, après avoir signé un arrêté interdisant le spectacle de Dieudonné, le maire de Perpignan s’est retrouvé isolé. Aucun soutien. Même dans son camp. Ses amis considéraient qu’il avait, tout seul, pris une mauvaise décision. Mauvaise parce qu’impopulaire. Raison pour laquelle ses adversaires de gauche préféraient garder le silence.

La décision de Manuel Valls a mobilisé toutes les rédactions et pendant plusieurs jours, des dizaines de millions de Français ont assisté et même participé, notamment via les réseaux sociaux, à un grand débat sur l’interdiction du dernier spectacle de Dieudonné.

En mettant les pieds dans le plat, le ministre de l’intérieur a amené la presse à s’intéresser à Dieudonné et à montrer qu’il était un humoriste obsédé par l’antisémitisme.

Nombre de français ont réagi en disant que l’on en faisait trop. Comme Maïté Sanchez-Schmidt, élue perpignanaise et députée Européen UMP l’a fait sur facebook.

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Les “ On en fait trop “ ont ils oublié, ce n’est pourtant pas si loin, le massacre du 19 mars 2012 à Toulouse. La haine antisémite a tué trois enfants abattus à bout portant. La haine antisémite tue. Toutes les haines tuent. C’est même leur finalité. Et c’est bien pourquoi les démocrates, les républicains, de tous bords devraient toujours se retrouver pour les combattre.

Nous ne sommes pas assez naïfs pour penser que la politique politicienne qui n’est faite que d’enjeux de pouvoir puisse s’effacer complètement. Il y a toujours des arrières pensées et des calculs. Et il est hautement improbable qu’il n’y en est pas eu dans la tête de Manuel Valls. Si cela ne doit pas être occulté, ça ne doit pas faire oublier l’essentiel. Le dernier spectacle de Dieudonné était intolérable. Et ça les “ On en fait trop “ l’on un peu facilement oublié.

Les “ On en fait trop “ ont comme notre député européenne et élue de Perpignan considéré que l’interdiction faisait de la publicité à Dieudonné. Connaissent-ils un moyen de combattre le discours de Dieudonné sans parler de Dieudonné ? Bien sûr que Dieudonné alllait tenter de récupérer à son profit cette médiatisation, s’ériger en victime de la censure, se défendre et s’appuyer sur son public. Un public très important. Quand il est venu ici en 2013, il n’a pas réservé la salle des fêtes d’un village, il a loué la plus grande salle des P-O, le palais des expositions. Même situation partout ailleurs. Il y a un phénomène Dieudonné auquel il était tant de s’opposer.

Les “ On en fait trop “ oublient-ils aussi les quenelles, Signe de préférence exécuté et photographié devant des lieux liés au judaïsme et au martyr des juifs ?

Dans les années 1930, les “ On en fait trop “ ont en France réagi à la sortie et au succès de Mein Kampf en disant que la vision d’Hitler était bien trop extremiste pour pouvoir devenir réalité.

Ici nous reprochons souvent aux hommes politiques de ne plus défendre des idées et des valeurs. C’est pourquoi nous apprécions tout particulièrement que Pujol et Valls aient pris une décision avant tout guidée par leurs convictions.

La petite histoire a déjà retenu, et la presse nationale s’en est largement fait écho, que la ville de Perpignan s’était en 2013 opposée à Dieudonné. De plus, le non respect de l’engagement pris par l’avocat de Dieudonné devant le tribunal administratif de Montpellier de ne pas chanter Shoah Ananas à la fin du spectacle donné à Perpignan a lourdement pesé dans la décision du Conseil d’Etat.

Comme à son habitude la presse a donné la priorité à la polémique et au débat en mettant les faits au second plan, à savoir le contenu du dernier spectacle de Dieudonné. Voici ce qu’écrivait Stéphanie Jourdain journaliste de l’AFP qui y a assisté.

Extrait

« Sur les 75 minutes que dure le spectacle, il ne s’en passe pas cinq sans une charge contre « les juifs », « la juiverie », « kippa city », « le maître esclavagiste banquier ».
A un moment, Dieudonné imite un tirailleur sénégalais qui s’est battu en première ligne pour la France.
Dans le public, des gens pleurent de rire. Tout d’un coup, le tirailleur que campe Dieudonné s’adresse à Hitler. Il lui demande « pardon ».
Condamné au moins six fois pour antisémitisme, « Dieudo » se moque d’Arthur, Gad Elmaleh, Patrick Timsit, Elie Semoun, Patrick Bruel.
Il réédite sa sortie sur les chambres à gaz et le journaliste Patrick Cohen qui lui a valu l’ouverture d’une enquête pour « incitation à la haine raciale ». (…)
A un moment, il arrête la fiction pour expliquer le titre de son spectacle: « le mur », comme le mur en parpaings qui coupe la scène en deux.
Il y a d’un côté « le bien, le Mur des lamentations, les banques, les médias, le show business, Hollywood, toute la merde », plaide-t-il sérieux. De l’autre « le mal, la résistance et la révolte, les ronces, les orties, les cailloux ».
Le spectacle se termine par le moment tant attendu par ses fans: la reprise de la chanson d’Annie Cordy « Cho Ka Ka O ».
Cette fois, les paroles sont remplacées par « Shoah-nanas ». « Dieudo » danse.
Ses fans exultent. (…) »

Et voici une video avec extrait du spectacle “ le Mur “. De quoi faire réfléchir les “ On en fait trop “

Fabrice Thomas

contact : c.politique@orange.fr

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