Impressions de campagne (2)

Eaux troubles

Jacques Cresta veut redonner du pouvoir d’achat aux Perpignanais, notamment en créant un service public de l’eau. « Dès 2014, le contrat (avec Véolia) sera dénoncé et un service public de l’eau créé à Perpignan. », lit on dans un tract massivement distribué sur la ville.

Au passage, signalons à Jacques Cresta qu’il a fait une petite erreur. En effet, il écrit : « Sur 39 villes de plus de 100 000 habitants, Perpignan est dans la catégorie des communes aux prix de l’eau les plus élevés. » Le magazine Que Choisir, auquel le candidat PS fait référence, a classé le prix de l’eau pratiqué dans les 39 villes de plus de 100 000 habitants en trois catégories : « Des prix maitrisés…», « Des prix élevés » et « Des prix très élevés ». Perpignan se situe dans la catégorie des villes aux « Prix élevés ». L’eau de Perpignan est d’ailleurs moins chère que celle des villes socialistes de Montpellier (Véolia), Toulouse (Véolia), Rennes (Véolia), Lille (Lyonnaise des eaux)…

Jacques Cresta expliquera sans doute au cours de la campagne comment, s’il était élu, il ferait pour créer ce service public de l’eau dès 2014. Car il ne dit pas que la communauté d’agglomération (qui a la compétence sur l’eau) a, en 2012, signé une délégation de service public avec Véolia pour une durée de 12 ans. Nous avons demandé à Francis Clique, premier-adjoint de la mairie de Canet et élu de l’agglo en charge du dossier s’il était possible de résilier le contrat avant 2024. C’est possible. Mais à quel coût ? Véolia demanderait une indemnisation considérable et en plus il faudrait lui racheter une partie des installations dont elle est propriétaire. Jacques Cresta a-t-il chiffré ce coût ? Peut-il le rendre public ?

Jacques Cresta dit « Non à un maire et un conseil municipal qui par leurs décisions enrichissent une multinationale. » Des paroles qu’il est utile de mettre en relation avec le vote des élus PS et PC de l’agglo. Ils ont tous voté pour la délégation de service public à Véolia. La commune de Canohès, dont le maire est un bourquiniste pur jus, a d’ailleurs fait le choix de prolonger le contrat avec Véolia.

L’eau est, depuis des années, le cheval de bataille de Bourquin qui ne jure que par le service public. Mais en 2012 au moment du renouvellement des contrats de nombreuses communes, dont Perpignan, les élus PS n’ont pas proposé de projet alternatif aux propositions du privé. Pourquoi ? Jacques Cresta a raison quand il souligne que : « Les villes dont le prix de l’eau est le moins cher sont toutes en régie publique. »

La dénonciation de la multinationale de l’eau et la promesse de mise en régie ne sont donc finalement qu’une posture électoraliste.

Demande de précision

Avant le conseil municipal du 19 septembre Clotilde Ripoull demandait à la ville de recruter 30 policiers municipaux avant la fin de l’année. Un mois plus tard, le 21 octobre elle faisait monter les enchères en déclarant qu’il fallait « en deux ans doubler les effectifs ». Dans un interview à L’Indépendant, le 7 décembre, plus modérée, elle déclare : « Il faut 30 à 60 policiers municipaux supplémentaires. » Clotilde Ripoull pourrait être plus précise et indiquer combien de recrutements elle propose au cours des six années du prochain mandat municipal. Il serait également intéressant de savoir combien cela couterait et comment elle financerait la création de dizaines de postes de policiers municipaux. Et cela en respectant son engagement de ne pas augmenter les impôts. Cette question sur le coût des promesses vaut pour tous les candidats.

Cresta et Ripoull veulent cumuler

La limitation du cumul des mandats est une des bêtes noires de Daniel Mach. Dans un communiqué de presse du 5 décembre, il en remet une bonne couche : « Il semblerait qu’à l’heure actuelle il soit de bon ton d’exprimer son opposition au cumul des mandats. » Cette phrase pourrait viser Jean-Marc Pujol qui lors du meeting avec Jean-François Copé n’a pas hésité à se prononcer pour une limitation du cumul des mandats devant un patron de l’UMP qui y est farouchement opposé.

Clotilde Ripoull a, comme avant elle Jacques Cresta, déclaré que si elle était élu maire de Perpignan, elle voudrait présider l’agglo. La mairie est une grosse machine, l’agglo aussi. Et si l’on veut qu’elles soient bien dirigées, il faut dans l’une et l’autre un capitaine à plein temps. N’oublions pas que la mairie de Perpignan et l’agglo ont des compétences et des périmètres géographiques bien différents. Vouloir cumuler deux exécutifs importants n’est pas réaliste.

Si demain Clotilde Ripoull ou Jacques Cresta s’installaient à la mairie, il leur faudrait, au minimum, deux ans avant de bien connaitre et de correctement maitriser son fonctionnement. Même chose pour l’agglo. Dans ces conditions mener de pair la direction des deux structures ne donnerait rien de bon. Cela génèrerait, à coup sûr, quantité de disfonctionnements.

Bourquin récupère Mandela

Dans l’hommage de Bourquin à Mandela, on lit notamment : « Ce n’est pas seulement l’Afrique du Sud qui est aujourd’hui en deuil mais toutes celles et ceux qui refusent toute forme d’oppression d’une catégorie d’hommes par une autre, quel que soit le lieu, quels qu’en soient les prétextes. » Et plus loin : « Ce jour de deuil doit nous inciter à réfléchir à cette valeur fondamentale de la liberté et à son corollaire, la dignité humaine. » Bourquin dans le camp de Mandela ? Utiliser les énormes budgets des collectivités territoriales pour acheter une partie de la presse et en museler une autre place-t-il Bourquin dans le camp des combattants de la liberté ? Etre un champion du clientélisme, fait-il de Bourquin un combattant de la dignité humaine ? Fabrice Thomas

contact : c.politique@orange.fr

Publicités