Racisme anti-blanc : La une du Petit Journal n’a pas été truquée

Dans l’édition du Petit Journal du 7 octobre 2011, j’avais signé un article qui a fait la une avec le titre : « Racisme anti-blanc : Couteau sous la gorge, ils doivent crier Allah Akbar ». Cette une a beaucoup circulé sur internet et elle fait encore couler de l’encre.

Le site “debunkersdehoax.org“ qui traque les hoax et les rumeurs de la fachosphère l’a découvert en 2013 et lui a consacré trois articles, le 9 février, le 12 mai et le 26 mai. « Très gros trucage » titre le site qui indique : « Les fachos, identitaires ou d’autres obédiences, sont coutumiers de la fabrication de faux. Mais falsifier une page de la presse, fallait oser ! »

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L’auteur de l’article a été induit en erreur par un responsable de l’édition des P-O du Petit Journal qui lui a répondu : « Non cet article n’existe pas !!!! Je vous le confirme … »

Comme mon papier a été considérablement déformé, je souhaite le mettre en ligne tel qu’il a été publié en page 3 du Petit Journal. Cette agression est traitée dans trois articles, le premier relate les faits, le second est un interview de Patrick Lecrocq, responsable du MRAP66 et le troisième, une réaction de Fouzi Bouhadi , conseiller municipal, élu du Bas-Vernet, quartier où l’agression a eu lieu.

Article 1

Racisme anti-blanc

Ignoble agression à la cité Clodion-Torcatis

Dimanche 25 septembre, vers 6h30-7h00, deux étudiants sortent d’une discothèque de la colline des loisirs à Canet. Ils sont à pied. Leurs amis qui avaient des voitures sont déjà repartis. Comme ils ont laissé passer le bus Route 66 qui passe à cinq heures et qu’il n’y a pas de taxi dans le coin, il ne reste qu’à faire du stop. Ils se mettent à la sortie du parking et une Clio ne tarde pas à s’arrêter. Les voilà assis à l’arrière. Une fois sur la route, le jeune homme au volant qui conduit son volant d’une façon agitée, demande à ses deux passagers où ils habitent. Ils répondent au Bas Vernet du côté de Clodion. Et l’embrouille démarre. “tu dis que tu es de Clodion, mais tu n’est pas de Clodion“. Les étudiants expliquent qu’ils n’ont pas dit qu’ils étaient de Clodion. Mais près de Clodion. Le dialogue de sourds se poursuit. Le conducteur s’obstine, monte le ton et tranche “Puisque vous êtes de Clodion, je vous ramène à Clodion“. N’habitant pas très loin, les deux jeunes se résignent. La jeune femme à côté du chauffeur ne dit pas grand-chose.

Couteau sous la gorge

A peine entré dans la cité, le conducteur s’arrête au beau milieu de la chaussée et appelle un homme qui est dans une voiture. Les deux étudiants n’en sont pas certains, mais ils ont cru entendre le nom de Moktar. L’homme s’approche de la voiture. Et le conducteur relance son embrouille, “Tu les connais ? Ils disent qu’ils sont de Clodion-Torcatis“. L’homme ouvre la portière du côté d’un étudiant et lui met un couteau sous la gorge. Ça commence par des invectives du type “Tu manges du porc ça se voit“. Puis, toujours avec le couteau sous la gorge, il demande aux deux jeunes de dire “Allah Akbar“, puis de dire que Ben Laden a eu raison de commettre les attentats du 11 septembre et que c’était une bonne personne. On leur demande s’ils sont juifs. Aucun des agresseurs ne leur donne l’impression d’être alcoolisé. La voiture est une quatre portes. Mais toute fuite semble impossible. Ne serait-ce que parce que l’un des passagers a les jambes coincées par le fauteuil du conducteur anormalement reculé. A tel point que sa conduite était gênée par cette position.

Ben Laden, les juifs

Un nouvel homme qui porte des lunettes noires arrive. Il ouvre la portière du côté de l’autre étudiant. Lui aussi se retrouve avec un couteau sous la gorge. Il y a maintenant trois hommes qui semblent avoir autour de 25 ans, l’âge de leurs victimes, et une femme, peut-être un peu plus jeune. Les hommes contraignent leurs deux victimes à proférer toutes sortes de propos de la même veine que les précédents, Ben Laden, le 11 septembre, les juifs… La fille a sorti un portable et elle filme l’agression. Les deux jeunes sont terrorisés et le comportement de leurs agresseurs leur fait craindre le pire. Que d’autres arrivent, qu’on les tabasse, qu’on les lynche, qu’on les séquestre… Un des hommes attrape un des étudiants par le coup, à deux mains, et serre en l’accusant d’être pro-juif. Ce dernier doit s’en défendre puis il prend une série de violentes baffes sur le visage. Les agresseurs demandent aux étudiants d’héberger l’un des leurs. Comme ce n’est pas possible, les victimes se voient accusées de refuser “parce qu’on est arabe“.

Combien de temps le cauchemar a-t-il duré ? Trois quarts d’heure, une heure ? Ça a été très long. Les agresseurs ont fini par libérer les deux étudiants. Ils sont encore sous le choc. L’un comme l’autre n’auraient jamais imaginé qu’une telle agression puisse se produire. Ils se sont directement dirigés vers le commissariat. Ils n’y ont pas été bien accueillis. Le policier en faction a exprimé de fortes réticences à l’enregistrement de leur plainte. Mais comme ils étaient bien décidés, ils finirent par être reçu par un OPJ (officier de police judiciaire). Fabrice Thomas

PS : Le Petit Journal a procédé à des vérifications afin de s’assurer de la réalité des faits.

Article 2

Le MRAP et le racisme anti-blanc

En avril 2010, suite à la sauvage agression à leur domicile à Perpignan d’un jeune couple avec un bébé, nous avions interrogé Patrick Lecrocq, responsable départemental du MRAP qui avait, dans un communiqué, condamné les faits en utilisant les mots de “racisme anti-blanc“.

LPJ : Si le MRAP a fait un communiqué, c’est qu’il considère qu’il y a un facteur raciste dans l’agression dont une famille a été victime à son domicile ?
Patrick Lecrocq : La famille nous a fait part de propos racistes tenus lors de cette agression.

LPJ : C’est ce qui vous a amené à réagir ?
Patrick Lecrocq : On réagit à toutes formes de racisme et de discrimination.

LPJ : Dans ce communiqué, il est question de racisme anti-blanc, ce n’est pas une terminologie habituelle dans le langage du MRAP, qu’est-ce qui vous a amené à l’utiliser ?
Patrick Lecrocq : On a parlé de racisme anti-blanc pour dire que pour nous toutes les formes de racisme étaient abjectes. Le racisme anti-blanc au même titre que tous les autres. On nous interpelle régulièrement en nous disant vous ne défendez que tel groupe, il faut être de telle origine pour être défendu par le MRAP. Ce qui est totalement faux.

LPJ : Vous considérez donc qu’il y a des racismes ?
Patrick Lecrocq : Il y autant de racismes que de groupes humains. Malheureusement, le racisme est dans notre société la chose la mieux partagée. C’est ce contre quoi on se bat.

LPJ : Dans votre organisation, il y a eu un débat, des critiques sur l’emploi de cette notion de racisme anti-blanc qui est assez controversée ?
Patrick Lecrocq : Pas au niveau du MRAP66, nous avons une vision très universaliste, très large, on est un des seuls MRAP à lutter contre toutes les formes de discrimination, sur les 18 critères de l’article 225-1 du code pénal.

Article 3

Réaction : Fouzi Bouhadi, conseiller municipal de Perpignan, élu du Bas-Vernet

Quand il se produit un acte discriminatoire, peu importe l’origine des personnes. C’est un acte inacceptable, ignoble et condamnable. Ça me donne froid dans le dos. Il faut réagir avec fermeté à ce genre d’actes ignobles.
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J’ai, aujourd’hui, peu de choses à ajouter aux propos de Patrick Lecrocq et de Fouzi Bouhadi. Car comme eux je pense qu’il faut combattre toutes les formes de racisme. J’ajouterai juste que reconnaître l’existence du racisme anti-blanc ou anti-français est important pour les victimes. Entendre dire que c’est un fantasme de l’extrême droite est, pour elles, insupportable. Admettre que le racisme anti-blanc est aussi réel que le racisme anti-maghrébin est la meilleure façon d’empêcher l’extrême-droite d’en faire un fond de commerce. F.T.

contact : c.politique@orange.fr

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