Toujours dire non à la haine

La crise économique, sociale, politique porte les discours et les comportements haineux comme les nuées portent l’orage. Et la haine trouve toujours son débouché naturel dans la violence. C’est pourquoi il faut toujours s’opposer à tous les porteurs de haine, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent.

Il était normal de discuter la décision qu’a pris le maire de Perpignan et normal aussi de considérer qu’il pouvait y avoir une autre réponse que l’interdiction du spectacle de ce marchand de haine qu’est Dieudonné. Mais le plus important était de réagir. Et lui seul l’a fait. Un seul aussi, Louis Aliot, a défendu Dieudonné, au nom de la liberté d’expression. La liberté de pouvoir chanter Shoananas, un texte antisémite et négationniste.

Rappelons une nouvelle fois que les juges du tribunal administratif ont considéré que l’arrêté d’interdiction du maire : « Est motivé par la personnalité délibérément et notoirement polémiste de M. Dieudonné M’Bala M’Bala, l’atteinte à la personne humaine que véhicule ce spectacle, sa condamnation par le tribunal correctionnel de Paris le 27 septembre 2012 pour provocation à la haine raciale, en raison de la publication du clip d’une chanson “ Shoananas “, qui est reprise à la fin de chacune de ses représentations… »

Et la suite du jugement : « Considérant qu’il ressort d’un constat d’huissier dressé le 16 mai 2013 que la chanson “ Shoananas “ n’a pas disparu du spectacle de M. Dieudonné M’Bala M’Bala et a été chantée à Bordeaux et à Saint-Etienne; qu’ainsi les requérants ne peuvent soutenir que le spectacle n’est pas susceptible de se heurter à des dispositions pénales ; que toutefois il n’est pas établi que cette chanson serait chantée à Perpignan, M. M’Bala M’Bala affirmant, dans son dernier mémoire, qu’il est prêt à ne pas reprendre cette chanson pour éviter de heurter la sensibilité de certains. »

Dieudonné a trompé la justice, il a chanté Shoananas en expliquant aux spectateurs que Perpignan ne pouvait pas être la seule ville où il ne l’interprèterait pas.

Le clip vidéo Shoananas a certes valu à Dieudonné une condamnation à 20 000 euros d’amende pour incitation à la haine raciale. Mais M. M’bala M’bala a fait appel. Espérons que les magistrats qui jugeront de nouveau Dieudonné dans cette affaire tiendront compte de son comportement et prononceront une peine qui le prive de la possibilité de continuer à entonner cette ignoble chanson. L’état de droit qui est l’état démocratique doit se faire respecter, surtout de ses ennemis.

Dieudonné vient, sur son compte facebook, de couvrir le maire de Perpignan d’injures et de menaces. Ici comme ailleurs il faut poursuivre Dieudonné quand il injurie, diffame, menace.

Une fois de plus la presse locale n’a pas joué son rôle. Pourtant si prompte à annoncer sans le moindre début de preuve l’arrivée d’une horde de néos-nazis à Perpignan, elle n’a pas fait son travail d’information pour montrer le vrai visage de Dieudonné. Les sources ne manquaient pas, en particulier les déclarations de soutien de Dieudonné au régime iranien de Mahmoud Ahmadinejad. Pour mémoire, voici ce qu’écrit Reporters Sans Frontières sur l’état de la liberté de la presse en Iran : « Au cours de ses deux mandats à la présidence de la République islamique, la situation des droits de l’homme en Iran s’est considérablement détériorée. Pendant huit ans, plus de 200 journaux ont été suspendus ; plus de 300 journalistes et net-citoyens ont été arbitrairement arrêtés, torturés et condamnés à des très lourdes peines de prison. » Mais il y a tant à dire sur ses relations avec les personnalités et les groupes les plus infréquentables, les négationnistes de tous poils, de Robert Faurisson qui nie l’existence des chambres à gaz à Thierry Meyssan pour qui les attentats du 11 septembre sont l’œuvre des services américains. Et combien d’autres illuminés et fanatiques.

La presse n’est pas seule responsable. Où étaient nos beaux esprits ? Aux abonnés absents. A gauche, à droite, tout le monde s’est tu.

Qu’un pourvoyeur de haine comme Dieudonné ait fait salle comble tout au long de sa tournée qui s’est achevée à Perpignan et que le succès qu’il a rencontré ait suscité aussi peu de réactions est vraiment inquiétant. FT

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