L’autisme de la classe politique

Lors de sa première conférence de presse à l’Elysée, Hollande rassura ceux qui attendaient la loi limitant le cumul des mandats. Elle serait faite avec célérité. Harcelé pendant quelques mois par les gros cumulards du PS, le président de la République a fini par contenter ses amis en renvoyant l’application de ce texte une fois voté à 2017.

Après le scandale Cahuzac et l’annonce d’un train de mesures pour moraliser la vie politique, on pouvait encore croire que François Hollande pourrait être l’homme de la situation, qu’il pourrait prendre des décisions marquantes dans ce domaine. « A situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle », écrivait un journaliste du Monde qui annonçait que François Hollande allait bousculer les grands féodaux du PS sur lesquels il s’est toujours appuyé.

Certes, le grand déballage du patrimoine des ministres n’annonçait rien de bon. Cette opération de communication a même été dévastatrice car, dans leur immense majorité, nos concitoyens ont eu la forte et désagréable impression que l’on se moquait d’eux.

Les trois projets de loi de moralisation de la vie politique viennent d’être présentés. Ils ne vont pas très loin. Le grand choc de moralisation et de démocratisation ce n’est pas pour maintenant. Dans un courrier au président de la République, l’association Anticor les qualifie de mesures « partielles et imparfaites. » et elle ajoute : « Nous ne voulons pas que des lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires. » Tout est dit !

Hollande comme la plupart de nos grands élus fait l’autruche. La crise politique ? Quelle crise politique ? Semblent-ils nous dire.

Un aveuglement partagé par le président de l’UMP. Dans une longue tribune publié par Le Figaro, La France a besoin d’un 1958, J-F Copé préconise une réforme des institutions : « Assumons le recours aux ordonnances lorsqu’il faut aller vite et le référendum pour les questions de société. Réduisons le nombre d’élus. Fusionnons les départements et les régions. »

Pense-il que c’est avec ces mesurettes que les Français passeront d’une défiance massive à l’égard de la classe politique à un retour à la confiance dans le fonctionnement de notre démocratie représentative ?

Copé est fidèle à lui-même. Plus tenté par la droitisation que par la démocratisation. Moins on parlera de moralisation de la vie politique et moins l’ami du sulfureux Ziad Takieddine, intermédiaire dans des gros contrats d’achats d’armes, se fera de souci pour son avenir politique. Qu’un ministre du budget (2004 à 2007) qui a été couvert de cadeaux par ce milliardaire puisse présider un grand parti et donner des leçons à Cahuzac, en dit long sur l’état de décomposition de notre système politique.

Hollande et Copé utilisent la même recette, changer les hommes pour que rien ne change. Mais combien de temps va-t-elle encore marcher avant que l’inéluctable catastrophe se produise? F.T.

Dieudonné : pas de “ Shoa-ananas “ à Perpignan !

Apprenant que Dieudonné allait se produire à Perpignan, dans une salle municipale, Jean-Marc Pujol a mis le pied sur le frein. Il a demandé au service concerné de revenir sur la réservation de la salle du Palais des expositions dans laquelle Dieudonné devait se produire le 31 mai.

Il a déclaré : Au besoin, je prendrai un arrêté municipal pour risque de trouble à l’ordre public. Je m’y oppose complètement et formellement : il n’y a pas de place à Perpignan pour des propos racistes et antisémites » (L’Indépendant 12 mai)

Ma première réaction, à chaud, a été de considérer que le maire faisait peu de cas de la liberté d’expression. Et que seule la justice pouvait prendre la décision d’interdire à Dieudonné de se produire à Perpignan ou ailleurs.

Je sais qui est Dieudonné. Comment oublier que lors d’un spectacle au Zénith à Paris en 2009 il a fait monter sur scène le négationniste Robert Faurisson pour lui faire remettre le prix de l’infréquentabilité et de l’insolence par un homme habillé de la tenue des déportés ? Cela en présence de Jean-Marie Le Pen et de dirigeants du FN. Comment oublier les propos antisémites de Dieudonné en Iran, un pays qui déroule le tapis rouge devant lui ?

Malgré tout ça, je continuais de penser que c’était à la loi de se prononcer, de condamner et éventuellement d’interdire.

A Bordeaux, la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) n’a pas obtenu l’annulation du spectacle. Le préfet a considéré qu’il n’y avait pas de risque d’atteinte à l’ordre public. Dieudonné s’est, le 4 avril, produit devant 3 500 à 4 000 spectateurs, sans incident. « Humour grinçant, provocations, Dieudonné est sur le fil », lit-on dans le compte-rendu de Sud-Ouest. Mais l’auteur de ce papier et ses confrères n’ont pas du rester jusqu’à la fin du spectacle. Il s’est terminé avec une chanson reprise par toute la salle. Sur l’air de « Chaud cacao » d’Annie Cordy, des milliers de personnes ont chantés :
SHO-AH-nanas,
SHO, SHO, SHO-AHnanas,
non – il ne faut pas – l’ou-blier,
moyennant un – pe-tit billet.
SHOAH-nanas,
SHO, SHO, SHO-AHnanas

En voyant cette vidéo, j’ai eu la nausée. Ce n’est pas un effet de style. J’ai eu une réaction physique.

Que Dieudonné vienne chanter ça à Perpignan, à quelques kilomètres de Rivesaltes, de là où sont partis plusieurs milliers d’hommes, de femmes et d’enfants pour les camps de la mort, ce n’est pas acceptable. Ce ne serait pas supportable. Fabrice Thomas

PS : « L’humoriste français controversé Dieudonné M’Bala M’Bala a été condamné mardi 27 novembre par la justice française à 20 000 euros d’amende pour provocation à la haine dans une chanson et dans des propos diffusés sur Internet. Dans l’une des vidéos, il transformait une chanson de la chanteuse de variétés Annie Cordy, « Chaud cacao », en « Shoah nanas ». Egalement poursuivi pour diffamation, injure et provocation à la discrimination, il avait affirmé que « les gros escrocs de la planète, ce sont des juifs » dans une interview sur un site qui se présente comme ayant pour mission « d’éveiller la conscience des musulmans ». » Le Monde 27 novembre 2012.