Rendez-nous les Estivales sous les étoiles !

Il n’y aura plus d’Estivales en plein-air, en juillet, au Campo Santo. Je n’arrive pas à le croire et autour de moi, j’observe la même stupéfaction et la même incompréhension.

Nous avions un festival qui depuis 25 ans attirait à chaque édition des milliers et des milliers de spectateurs, 30 000 entrées payantes en moyenne. Un beau festival, un incontestable succès. Et voilà qu’on le liquide.

Pourquoi ?

Explication du premier maire-adjoint de Perpignan, président du théâtre de l’Archipel : « J’ai proposé un challenge à l’équipe du théâtre et je trouve le pari très intéressant. Effectivement, on change les habitudes mais là, c’est pour faire mieux. » ( L’Indépendant du 12 avril ).

Pour faire mieux ?

Déplacer un festival qui se déroule au cœur de l’été en plein-air dans un cadre extraordinaire pour l’amener dans une salle fermée aérée par la climatisation, c’est mieux ?

Réduire considérablement le nombre de spectacles, c’est mieux ?

Supprimer les scènes ouvertes aux jeunes compagnies de théâtre, c’est mieux ?

Supprimer les ateliers artistiques, théâtre, cirque… avec les milliers d’enfants des centres aérés, c’est mieux ?

Supprimer les tertulias, les expositions, c’est mieux ?

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Autre justification de Jean-Paul Alduy : « La jauge du Campo Santo n’était plus en adéquation avec le marché des opérateurs de chanteurs à succès. Hormis de faire payer aux Perpignanais beaucoup plus, il nous aurait fallu une enceinte de 8 000 places pour rentabiliser les Estivales. Là, on aura du gratuit et des spectacles au maximum à 40 € ». ( idem)

Là, nous sommes censés approuver et féliciter la mairie de Perpignan d’avoir pris une bonne décision en pensant à notre porte-monnaie. Des spectacles à 50 euros et plus par place, ce n’était pas possible…

Pourquoi Jean-Paul Alduy réduit-il les Estivales à la programmation « de chanteurs à succès » ?

Avec ses 2 350 places le Campo Santo ne peut pas accueillir les plus grosses têtes d’affiches, celles qui ont des cachets énormes. Ce n’est pas nouveau. Mais nombre de « chanteurs à succès » pouvaient, comme par le passé, être programmés aux Estivales. Des professionnels de la programmation nous l’ont confirmé.

Jean-Paul Alduy à donc oublié ce qu’étaient les Estivales.

Rafraichissons-lui la mémoire en citant un auteur qu’il ne désavouera pas.

« Fidèle à son destin de ville méditerranéenne, Perpignan place son été sous le signe de toutes les fêtes. Coup d’envoi avec les Estivales qui déclinent toutes les formes de spectacles vivants dans l’écrin magique du Campo Santo, mais aussi dans la chapelle basse ou le patio du couvent des Minimes, et à l’espace des cultures populaires. De grandes figures de la danse, de la chanson ou du théâtre, mais aussi, des talents émergents et les scènes ouvertes, un vrai off qui fait la part belle aux compagnies de la région. Les Estivales jouent les vitrines de l’action culturelle de la ville de Perpignan par des collaborations avec la Casa Musicale, la Direction de la culture, la cinémathèque euro-régionale Institut Jean Vigo : tertulias au cœur de l’après-midi, projection de films cultes, ateliers musicaux dans les quartiers. Aux Estivales, qui fêtent cette année avec brio leur vingtième anniversaire, la mixité prend tout son sens et ne vous y trompez pas : vous êtes trente mille de toutes générations et de toutes origines à vous presser au spectacle. »
Voilà ce que l’on pouvait lire dans l’édito du maire-sénateur dans le magazine de la ville de juillet 2007.

C’est le même qui écrivait en 2004, dans la même revue : « Juillet cède la place aux Estivales, un grand festival consacré aux cultures du sud et volontairement tourné vers l’humanisme méditerranéen. A son affiche, une pléiade de grands noms du théâtre, de la musique et de la danse. »

En 2003, JPA ne réduisait pas les Estivales à « des chanteurs à succès » : « Les Estivales ouvriront la saison, avec un programme toujours éclectique que les Perpignanais affectionnent particulièrement : théâtre, danse, musique, aucun genre n’est oublié. »

Des Estivales, il reste peu de choses. Neuf dates, du 25 juin au 6 juillet. Elles se termineront à la date à laquelle elles commençaient d’habitude. Rappelons qu’elles s’étalaient jusqu’au dernier jour de juillet.

2013 sera une année sans Estivales, comme en 2003 où elles avaient été bloquées par les intermittents du spectacle.

Le festival les Estivales ne pourrait-il pas renaître ? La réponse dépend aussi des spectateurs, des citoyens et de leur capacité à ne pas faire leur deuil du massacre d’une des plus belles et des plus importantes manifestations culturelles de notre département. Fabrice Thomas

PS : Président du conseil général, Christian Bourquin avait privé les Estivales de subventions en invoquant principalement un prix des places trop élevé. Nous avions à l’époque comparé le prix des places plein tarif des Estivales au Campo Santo avec celui de la programmation de Boitaclous subventionné par le conseil général. Le tarif moyen des Estivales était plus faible. Et de plus, seul le festival dirigé par Marie-Pierre Baux proposait des tarifs sociaux très attractifs sur l’ensemble de la programmation. Utilisant ce qu’il avait alors appelé son « fusil à deux coups », Christian Bourquin avait aussi fermé le robinet des subventions régionales.

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