Estivales : lettre ouverte à Jean-Paul Alduy

Lettre ouverte à M. Jean-Paul Alduy, président du théâtre de l’Archipel. Son auteur, Clarisse Cervello est l’ancienne administratrice des Estivales de Perpignan.

Et voilà, M. Alduy, la boucle est bouclée. Ce qui était un beau festival d’été en plein air durant le mois de juillet se transforme en programmation de fin de saison dans un théâtre et durant 12 jours. Je vous rappelle la programmation de 2010, la dernière concoctée par M.P.BAUX et son équipe des Estivales de Perpignan, les vraies :
Du 3 au 30 juillet au Campo santo : le Nederlands Dance Theater, « La nuit des rois de Shakespeare » mise en scène Nicolas Briançon, Django drom (musiques manouches) de Toni Gatlif avec Didier Lockwood, « Dunas » de Maria Pagès, Vanessa Paradis, « Chants d’Est » de Sonia Weber-Atherton avec Fanny Ardent, « Africa Umoja » musiciens et danseurs d’Afrique du sud, Benjamin Biolay, Salif Keita, Alain Souchon, « Le Cirque invisible ». A quoi il faut ajouter 10 compagnies au Couvent des Minimes.

Désormais, plus de belles soirées sous les étoiles où les perpignanaises aimaient étrenner leur nouvelle toilette. Plus de petits spectacles au Couvent des Minimes où de jeunes compagnies pouvaient représenter pour la 1ère fois devant un public avide de nouvelles créations

Vous avez cru qu’il suffisait de plagier le nom transformant les « Estivales de Perpignan » en « Estivales de l’Archipel », plagiant le logo (créé par M.P. BAUX) et faisant même exactement la même communication.
Mais non, cela n’a pas suffi, il y manquait l’essentiel : le cœur et le savoir-faire.

Je me souviens des arguments dont vous faisiez état lors des réunions où vous nous expliquiez pourquoi il convenait d’inclure le festival dans la structure du Théâtre de l’Archipel : mutualisation des moyens entraînant des économies. Vous proposiez alors un strapontin de conseiller artistique à M.P. BAUX, l’excluant de fait des décisions sur la programmation. Il se disait même au sein du C.A. du Théâtre que Mme BAUX n’était pas une professionnelle et que, bien sûr, il était facile de faire mieux pour moins cher. Elle a refusé le strapontin et a bien fait.

Non. Faire un festival d’un mois en juillet au Campo-Santo n’est pas facile. Il a fallu des années de travail, d’expérience, de savoir faire. Il a fallu une équipe dévouée.

Qui parmi le personnel du théâtre accepterait de conduire les intervenants de sa petite auto, sans demander de note de frais ? Qui accepterait de loger les artistes, intervenants, intermittents chez soi durant tout un mois pour limiter les notes d’hébergement ? Qui accepterait de faire les lessives du linge des artistes dans sa petite machine à laver avec sa petite lessive ? Qui accepterait de cuisiner des repas, des caterings dans sa petite cuisine ? Qui accepterait de faire régulièrement le ménage dans les locaux du festival pour économiser les frais ? Certainement pas les salariés du Théâtre, deux fois plus payés que ceux des Estivales de Perpignan. A ce sujet, je tiens la dernière feuille de salaire de M.P. Baux à votre disposition. Vous pourrez comparer avec celle de la personne chargée de la programmation de votre festival. Vous pensiez faire des économies. Je connais les chiffres, je serais curieuse de connaître les vôtres. Sachant qu’il est toujours facile d’expatrier des dépenses sur des budgets de la Ville.

Non, faire un festival d’été en plein air n’est pas facile. La technique s’avère très complexe. Le son, la lumière, tout doit être fait par d’excellents professionnels. Nous négocions leurs contrats avec le plus de rigueur possible. Idem pour les manutentionnaires, la location du matériel technique, etc…

Non faire un festival de spectacle vivant en juillet n’est pas facile et de moins en moins depuis quelques années. Plus de propositions de théâtre. Des propositions de danse qui exigent une technique son et lumière très complexe et coûteuse. Des propositions d’artistes de variétés qui font une tournée estivale et donc on retrouve les mêmes à Carcassonne, à Peralada, etc. Il faut chercher, avoir des relais, des contacts. C’est ce que M.P. BAUX avait réussi à construire au fil des années. C’est ce que vous n’avez pas compris, croyant que les directeurs du Théâtre, qui n’avaient jamais rien créé, pourraient la remplacer, voire faire mieux. On voit le résultat.

On a renoncé au festival de plein air en juillet uniquement parce que c’est difficile et que personne dans la direction du Théâtre n’a voulu s’y mettre (l’ai failli dire s’y « coller ») sérieusement.

On a renoncé au festival de plein air en juillet parce qu’on n’a pas compris que des fonctionnaires ne peuvent pas mettre le même cœur dans cette aventure.

Le personnel des Estivales de Perpignan sous la houlette de M.P. Baux fonctionnait dans un seul but : réussir un beau festival. Il y mettait toute son énergie, son cœur. Il s’agissait d’une équipe soudée qui ne renâclait jamais devant tâches les plus ingrates à toutes heures du jour et de la nuit. Il y régnait une ambiance géniale. Nous travaillions beaucoup et très sérieusement et nous nous amusions également beaucoup.

Et voilà, vous avez tout gagné, M. Alduy. Avec l’aide efficace de M. le maire de Perpignan, du président de feue Les Estivales de Perpignan qui, au lieu de défendre l’association qu’il présidait, a manœuvré pour la détruire, vous avez éliminé un bel instrument qui avait fait ses preuves. J’espère que les électeurs et les contribuables, qui étaient aussi nos spectateurs, vous en demanderont raison.

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