Limitation du cumul des mandats: c’est maintenant qu’il faut la faire !

Bruno Le Maire passe pour être un des rares hommes de droite favorable à la limitation du cumul des mandats. On pouvait lire quelques lignes sur le sujet dans son Manifeste pour le renouveau de la droite républicaine : « Nous ne renouvellerons pas davantage nos représentants si nous refusons de mettre fin au cumul des mandats et si nous ne fixons pas un nombre maximal de mandats nationaux successifs, par exemple trois. Tout cela fait en général sourire. Tant de tentatives en ce sens ont été faites, qui se sont perdues dans les marécages des intérêts locaux, pour finalement être étouffées par le mutisme des initiés. Comment combler ensuite le fossé béant entre les élus et les citoyens ? En refusant de poser sereinement cette question, nous risquons de passer pour un parti de notables crispés sur leurs avantages et incapables de comprendre la société dont ils sont les représentants. »

On observe que la limitation dans la durée qu’il propose ne concerne que les mandats nationaux, donc de députés et de sénateurs. Et en consultant sa proposition de loi de modernisation de la vie politique on lit : « Une limitation à trois du nombre de mandats nationaux successifs au sein de la même chambre parlementaire. » L’homme politique qui aura fait trois mandats dans une assemblée aura donc la possibilité d’en faire trois dans une autre. « Cette disposition permettra de garantir le renouvellement des représentants nationaux et par conséquent une meilleure représentation de nos compatriotes à l’Assemblée nationale comme au Sénat. », précise le texte parlementaire. On en doute.

Point très positif, Bruno Le Maire se prononce clairement pour : « Une interdiction du cumul entre la fonction parlementaire, député ou sénateur, et la présidence d’un exécutif local de plus de 3 500 habitants. Ce choix permet au député ou au sénateur de conserver une fonction au sein de l’exécutif local, adjoint au maire, conseiller municipal par exemple, afin de garder un lien avec les territoires et la vie quotidienne de nos compatriotes. »

La possibilité d’être élu local afin de conserver un lien avec les territoires n’est pas un bon argument. Car un parlementaire ne peut pas se désintéresser des dossiers de son territoire. N’avons-nous pas surtout besoin d’avoir des députés et des sénateurs qui soient beaucoup plus investis dans le travail parlementaire que ne le sont aujourd’hui la majorité d’entre eux ?
Admettons qu’un parlementaire soit conseiller municipal. Mais s’il est maire-adjoint, conseiller général ou régional, des mandats qui supposent un investissement, son activité à l’Assemblée Nationale ou au Sénat sera forcément moins importante que celle du parlementaire qui n’aura qu’un seul mandat.

Nos grands élus, les cumulards, ne se rendent pas compte, ou ne veulent pas voir que leur opposition à une modernisation de la vie politique aggrave encore le divorce avec une population à qui ils donnent l’impression d’être une caste qui défend ses privilèges. On parle beaucoup de la crise économique, mais la crise politique est au moins aussi importante et aussi lourde de conséquences graves.

Ce système de représentation basé sur le cumul est aujourd’hui rejeté pas la grande majorité des Français. En refusant de le changer et de remettre de la confiance dans notre système politique, les cumulards contribuent à faire monter une juste colère qui se traduit notamment par la montée des votes populistes.

Pour ne prendre qu’un exemple, rappelons le sort qui a été fait à la proposition de Charles de Courson qui proposait que les députés justifient l’utilisation des 6 500 euros de frais de mandat qu’ils reçoivent en sus de leurs indemnités et de l’enveloppe pour payer leurs collaborateurs, des billets de train et d’avion gratuits… Elle a été rejetée. Il est pourtant de notoriété publique qu’une partie, plus ou moins importante de l’IRFM passe directement dans la poche des parlementaires. Fernand Siré a été le seul député catalan à soutenir Charles de Courson.

Lois sur le cumul, sur la probité, sur la transparence, c’est maintenant que nous en avons besoin. Si les politiques n’ont pas les moyens de régler la crise économique, ils ont le pouvoir de s’attaquer à la crise politique et d’y apporter des remèdes efficaces.

Espérons que jeudi, à la télé, le président de la République répondra à cette attente.

contact : c.politique@orange.fr

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