Quand Bernard Tapie crache le morceau

Dans une interview au Point, Bernard Tapie le nouveau patron du groupe La Provence répondait à une question sur ses relations avec les politiques de la région : « Contrairement à ce qui a été dit, je n’ai pas rencontré Guérini, mais je vais le faire. De même que je rencontrerai tous les représentants des institutions politiques, de Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille, à Michel Vauzelle, le président du conseil régional, c’est nécessaire dans l’intérêt de La Provence, ce sont des apporteurs de recettes énormes pour son développement. »

Et oui, les collectivités territoriales, mairies, communauté de communes, conseils généraux, régionaux et tous leurs satellites sont des « apporteurs de recettes énormes » pour les quotidiens régionaux.

En étant très dépendant des collectivités territoriales, donc des élus, les quotidiens régionaux ne peuvent pas être indépendants de ces mêmes élus. Une dépendance qui s’accroit avec la crise de la presse : recul des recettes publicitaires et recul plus ou moins marqué des ventes de la quasi-totalité des titres de la PQR (Presse quotidienne régionale).

La presse régionale a les mains liées. D’où ses contenus tièdes et de faible intérêt dont les lecteurs se détournent. Et ce n’est pas la montée en puissance des faits divers qui va enrayer le déclin. Les lecteurs tournent le dos à la presse pour les mêmes raisons qu’ils rejettent massivement la classe politique. Ils n’ont plus confiance. Ils se mettent en retrait. Le total de la diffusion et de l’audience des médias des P.-O. montre qu’une assez large majorité des habitants de notre département, plus encore dans l’espace urbain qu’en milieu rural, se désintéresse de l’actualité locale.

Où cela nous mènera-t-il ?

Pas forcément au pire car il y a des solutions. Des solutions qui seraient plébiscités par la population mais des solutions qui ne sont portées par aucun parti politique. C’est un peu comme pour la loi sur le cumul des mandats, une large majorité de Français y est favorable, mais une écrasante majorité des grands élus est contre. Et ce sont eux qui décident. Voilà pourquoi ce n’est pas gagné.

Pour rendre à la presse régionale la liberté et l’indépendance dont elle a besoin pour jouer pleinement son rôle, il faut déjà commencer par trouver le moyen de réduire les budgets de communication des collectivités territoriales. Trop d’argent part en fumée. Il faudrait que le législateur précise les compétences et les moyens qui sont donnés aux collectivités pour informer les administrés. Pour informer et pas pour faire de la communication, de la propagande et au passage s’acheter les bonnes grâces de certains titres et priver de recettes ceux qui n’entendent pas renoncer à leur mission d’information. L’argent public ne devrait pas pouvoir être utilisé pour bâillonner la démocratie.

Voilà pourquoi le financement de la presse par les collectivités territoriales doit être mis sur la place publique.

contact : c.politique@orange.fr

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