Romain Grau : un pas de plus vers la candidature à la mairie de Perpignan

Dans une interview donnée à La Clau, le site qui a récemment fait son coming-out en déclarant sa flamme alduyste, Romain Grau a répondu à la question, « Une candidature à la mairie, vous y pensez en vous rasant ? », « Selon la formule, “ pas seulement en me rasant “ !

Longue interview tout en circonvolutions, en finesses. Romain Grau excelle dans le style, dire une chose et pas tout à fait son contraire. Une rhétorique talentueuse. Une anguille diront certains pour aller vite.

Au moins on ne pourra jamais dire de celui-là qu’il est bête. Grau respire l’intelligence. Cette intelligence qui lui donne tant d’habileté et qui fait déjà de lui un expert en manœuvres politiques. On sent que ce n’est pas un enfant de chœur, même s’il en a parfois l’air.

De finesse, Grau en manque en revanche quand il sculpte la statue de son maître, celui dont il dit : « Jean-Paul Alduy fait figure de père en politique pour moi. » Faisant le panégyrique de JPA, l’avocat lâche les chevaux. Mais plutôt des chevaux de labour que des purs-sang.

Voici quelques morceaux choisi de l’ode à Jean-Paul Alduy.

« Il est aussi un exemple dans une conduite de politique municipale réussie. Il a su moderniser notre territoire sans jamais rompre avec notre histoire. Ce réflexe de synthèse, il me l’a transmis, il me l’a appris.»

« Jean-Paul Alduy est devenu maire de Perpignan lorsque j’ai atteint la majorité. Je sortais du Lycée Arago. Perpignan était une ville grise et triste qui vivait dans le marasme des affaires, des combats politiques stériles au cours desquels les électeurs étaient d’abord des « clients ». Jean-Paul a à la fois réussi à opérer la mue architecturale et urbaine de la ville et amener de la fraîcheur, de la compétence, de la jeunesse dans cette vie politique qui sentait la naphtaline. Le bilan me semble donc flatteur et réussi. »

«Et surtout, nous finirons par avoir le TGV qui s’arrêtera à Perpignan d’ici quelques mois. Quelle révolution : nous serons à moins d’une heure de Barcelone, promise à devenir la capitale d’un Etat indépendant. Jean-Paul a su nous préparer à cette révolution, mais c’est nous qui allons la vivre et conduire le vaisseau dans ces nouveaux temps. Nous avons aussi la réussite du Théâtre de l’archipel : cette salle force le respect par son succès, et les affirmations adverses ne sont que mauvaise foi. Jean-Paul Alduy, c’est aussi le quai Vauban sur lequel il fait tellement bon vivre, la rénovation des Dames de France, l’aménagement réussi du boulevard Wilson. »

« Dominique Baudis, Pasqual Maragall ou Jean-Paul Alduy ont été d’excellents maires pour leur ville. »

Et dire que c’est le même qui, en 2008, numéro trois sur la liste conduite par Jean Codognès, expliquait qu’il fallait « Mettre fin au système Alduy » ! Ce qui fut le grand thème de campagne de l’équipe, “Perpignan la confiance retrouvée“ ».

Fidèle à son grand style, Romain Grau brosse tout le monde dans le sens du poil. Sauf, bien sûr, Jean-Marc Pujol. Là, il joue son air de ne pas y toucher sur le ton de « Mon cher Jean-Marc vous reprendrez bien un petit coup de poignard », « Dans le haut ou dans le bas du dos. C’est comme il vous plaira mon cher Jean-Marc. »

Mais passées les amuses-bouches, on attendait Romain Grau sur le fond. Et là rien. Ce n’est qu’en caricaturant, en dénaturant le discours de J-M Pujol qu’il fait entendre sa différence : «Sur le plan politique, je partage avec lui (Jean-Marc Pujol) un socle de valeurs communes, mais j’ai une autre hiérarchie d’inquiétudes pour notre ville : on ne peut nier que la sécurité est un des droits fondamentaux dans une république solide. Toutefois, je suis partisan de résoudre ces questions de sécurité, sans les ériger en projet politique. La sécurité est un préalable incompressible dont nous devons faire une grande cause municipale, sans en faire une fin en soi. Par ailleurs, il s’agit d’un sujet où il vaut mieux faire que dire. Mais tout ne s’arrête pas à la sécurité. Il faut que nous parlions aussi des écoles, de la culture, du commerce de centre-ville, de l’économie, du développement durable, de l’aménagement… »

Il est certain que Romain Grau est taillé pour  jouer un rôle politique de premier plan. Mais Romain Grau, on l’a déjà vu, est pressé. Quelques semaines après avoir été élu sur la liste de Jean Codognès, il passait dans l’équipe d’en face, dans la majorité municipale de droite. Et comme on l’a déjà vécu avec un autre jeune énarque, le regretté Olivier Ferrand, Romain Grau se repose trop sur son seul brio pour arriver.

Toujours dans l’interview à La Clau, Romain Grau déclare : « Clairement, en politique, les choses doivent se prendre dans l’ordre : c’est une question de professionnalisme mais aussi de respect des électeurs. Avant de savoir qui se présente, il faut construire et partager un programme. Il faut ensuite faire émerger des candidats qui aient envie de porter ce programme…  »

Romain Grau donne des leçons qu’il commence par ne pas s’appliquer à lui-même.

Le nouveau fils spirituel de Jean-Paul Alduy, le successeur à ce poste de Fabrice Villard, fait même le contraire.

Le brio, l’habileté et les belles paroles font le politicien, mais pas l’élu avant tout déterminé à répondre aux attentes des citoyens et à faire avancer son pays. Des politiciens, il n’y en a déjà que trop dans notre beau département.

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