1972-2012 : le Front National ne peut pas changer son histoire !

Invité de l’émission de Laurent Ruquier, On n’est pas couché, Louis Aliot a, une fois de plus, fait de grandes envolées sur la dédiabolisation du Front National. Il veut tellement le dédiaboliser que quand ses interlocuteurs le renvoient à certaines déclarations de Jean-Marie Le Pen qui en leur temps ont provoqué d’énormes scandales, il leur répond et leur répète que c’est « de la préhistoire » et il les invite à parler d’aujourd’hui et de Marine le Pen.

Au passage, le numéro 2 du FN réécrit l’histoire du parti d’extrême-droite. Louis Aliot a concédé que, parmi les créateurs du FN, il y  avait d’anciens miliciens, « Mais il y  avait aussi d’anciens résistants, mais cela vous ne le dites jamais. Qui sait que le FN a été créé par Georges Bidault, le successeur de Jean Moulin, parce qu’on ne le dit pas aux gens. On ne leur dit pas la vérité. »

C’est Louis Aliot qui ne dit pas la vérité. Georges Bidault a, en effet, succédé à Jean Moulin à la tête du Conseil National de la Résistance. Après la Libération, il a été un acteur politique de premier plan de la IV ième République, président du conseil, ministre des affaires étrangères. Son combat jusqu’au boutiste pour que l’Algérie reste française l’éloignera de la scène politique et de la France. De retour d’exil, il présida le Mouvement pour la Justice et la Liberté. Le secrétaire général du MJL participa aux négociations pour la création du FN. Elles étaient conduites par les cadres d’Ordre Nouveau qui étaient les principaux concepteurs et acteurs de ce rassemblement de l’extrême-droite. Réticent, Georges Bidault n’était pas directement impliqué. Et le 8 octobre 1972, 3 jours après le congrès fondateur du FN, il donna à Guy Ribeaud, le secrétaire général du MJL, l’ordre de se retirer du FN. La rupture entre le MJL et le FN était total.

Faire du grand résistant que fut Georges Bidault, un des fondateurs du FN est une tromperie. Louis Aliot a déclaré qu’à la fondation du FN, autour de la table, avec Jean-Marie Le Pen, il y avait des personnes qui venaient de tous les horizons et c’est pour ça, précise-t-il qu’il y a adhéré en 1990. La réalité est tout autre.

Voici les noms de quelques personnages qui ont participé à la création puis à la construction du FN.

Pierre Bousquet. Cet ancien de la division SS Charlemagne a participé, en 1945, à la défense de Berlin assiégée par les troupes alliées. Membre du premier bureau politique du FN et son trésorier pendant 9 années.

François Brigneau. Ancien membre de la Milice. Elu vice-président du FN à sa fondation.

André Dufraisse. Ancien du PPF de Doriot. Engagé dans la LVF, il a combattu sous l’uniforme allemand sur le front de l’Est. En 1972, élu au premier bureau politique du FN.

Victor Barthélémy. Responsable régional puis national du PPF de Jacques Doriot, un des partis les plus engagés dans la collaboration. Il a participé à la création de la LVF (Légion des Volontaires Français) et il était membre de son comité central. Il a participé à la création du FN en 1972 et l’année suivante en est devenu son secrétaire administratif.

Léon Gaultier. Il a été pendant l’occupation un proche collaborateur de Paul Marion, secrétaire général à l’information et à la propagande du régime de Vichy. Il a ensuite combattu sous l’uniforme allemand sur le front de l’Est. Il compte parmi les membres fondateurs du conseil national du FN. C’était l’associé de Jean-Marie le Pen dans sa société d’édition, la SERP.

Qu’ils aient été de gauche ou qu’ils aient été de droite, les hommes et les femmes qui se sont battus pour libérer la France et vaincre le nazisme n’avaient pas grand-chose en commun avec ceux qui ont créé le FN. Et pour leur mémoire, nous avons le devoir de le dire et de le proclamer bien fort en ne laissant pas le FN faire main basse sur la Résistance dans le cadre d’une stratégie de dédiabolisation qui cherche principalement à dissimuler la vraie nature du parti d’extrême-droite.

Le Front National, qui a quarante ans cette année, a une histoire, la connaître nous permet de savoir d’où il vient. Et peut-être où il veut réellement aller. Fabrice Thomas

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