De l’art d’utiliser le Front National et le vote des étrangers…

Il aura été, entre les deux tours, beaucoup question du droit de vote des étrangers aux élections municipales.

Quelques semaines après avoir obtenu la majorité au sénat, fin 2011, la gauche s’est empressée de voter une loi accordant le droit de vote aux étrangers aux élections municipales. Une hâte qui contraste avec la prudence dont elle faisait preuve quand elle était aux affaires.

Voilà plus de 30 ans que cette proposition est inscrite dans les programmes électoraux du PS. Si la gauche l’avait mise en place, on n’en parlerait sans doute plus aujourd’hui.

Partant du principe qui n’est plus à démontrer, que la politique c’est tout, sauf de l’angélisme et qu’en matière politicienne les socialistes sont des orfèvres, il faudrait être bien naïf pour croire que cette mesure viserait principalement à favoriser l’intégration des étrangers.

Les stratèges du PS savaient parfaitement qu’avec cette proposition, ils allaient amener la question de l’immigration, des étrangers, au cœur du débat de l’élection présidentielle. Les conséquences sont bien connues. C’est du pain béni pour le Front National qui y est farouchement hostile. Dans un deuxième temps, au second tour, la droite est quasiment obligée de s’en emparer pour récupérer les suffrages des électeurs du FN. Et le piège se referme. Comme il est ensuite facile à la gauche et à la presse de montrer l’UMP courant après le FN. Ce qui pousse une partie des électeurs centristes vers le candidat qui lui apparait être le plus modéré.

Lors du débat avec Nicolas Sarkozy, François Hollande s’est montré déterminé à faire adopter la loi accordant le droite de vote aux extra européens afin qu’elle soit effective pour les municipales de 2014.  Il s’est même déclaré prêt à aller jusqu’au référendum dans le cas où les 3/5 des parlementaires ne voteraient pas la modification de la constitution.

S’il est élu, François Hollande aura deux bonnes raisons d’aller jusqu’au bout. Maintenir un clivage politique qui donne l’impression que la droite et l’extrême-droite sont proches et gagner des électeurs.  Plusieurs études montrent en effet qu’à l’exception des originaires d’Asie, les Français d’origine extra européenne préfèrent très nettement la gauche. La très faible inclinaison à droite interroge d’ailleurs les chercheurs. Ils ne l’expliquent pas.

1,8 millions d’étrangers seraient concernés et auraient, en 2014, la possibilité de s’inscrire sur les listes des élections municipales et voter. En 2012, on compte 46 millions d’électeurs. L’apport des nouveaux inscrits ne sera pas négligeable, en particulier dans les communes où la population étrangère est élevée.

On comprend mieux l’importance que le PS accorde au vote des étrangers aux élections municipales.

François Hollande ne cherche pas, comme il le prétend, à rassembler les Français, il défend une mesure dont il n’ignore pas qu’elle accroit les tensions qui parcourent la société française.

Politicien habile à la manœuvre, ce bon élève de Mitterrand sait faire bon usage du Front National.

Parmi les nombreux écrits sur l’irruption du Front National au début des années 1980, on peut citer la biographie que Franz-Olivier Giesbert a consacré à François Mitterrand en 1990 : « En faisant ouvrir toutes grandes les antennes de la radio-télévision d’Etat au Front National, avant les élections européennes de 1984, il a assuré son lancement. En instituant, en 1985, un nouveau mode de scrutin, la proportionnelle, il a permis à l’extrême-droite de constituer un groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale.  En agitant ensuite le chiffon rouge de la participation des immigrés aux élections locales avant la plupart des échéances électorales, notamment la présidentielle de 1988, il a permis à l’extrême-droite d’accroitre son audience. »

Et FOG poursuit, « Sur les calculs et les arrières pensées du président, le doute n’est guère permis. Il ne s’est jamais laissé aller à la confidence sur la question. Mais ses hommes ont, parfois, cassé le morceau. En petit comité, cela va de soi. “On a tout intérêt à pousser le Front National, disait un jour Pierre Bérégovoy. Il rend la droite inéligible. Plus il sera fort, plus on sera imbattables. C’est la chance historique des socialistes.“(entretien avec l’auteur le 21 juin 1984). »

L’UMP a de très bonnes raisons, qui ne sont pas qu’électorales, de s’opposer au vote des étrangers aux élections municipales. Mais elle aurait tout intérêt à le faire avec des arguments qui la différencie fortement de l’extrême-droite. Et pas avec des idées outrancières comme on en trouve dans le communiqué de la Droite Populaire : « Ce droit de vote condamnerait un grand nombre de communes en zone urbaine à vivre sous le diktat de puissances étrangères. Ce sont les raisons pour lesquelles nous appelons tous les patriotes à faire barrage au parti socialiste et à l’extrême gauche. »

L’écrasante majorité des électeurs du FN ne sont pas des extrémistes. C’est pourquoi ils ne peuvent que s’interroger sur les choix de la famille Le Pen. Pourquoi préfère t’elle l’élection du candidat du PS, celui qui va instaurer le vote des étrangers aux élections municipales au candidat qui y est opposé ?

L’extrême-droite est bien le meilleur atout électoral du PS !  Et n’oublions jamais que c’est François Mitterrand qui a, par pur calcul politicien, a fait revenir dans le jeu politique une extrême-droite qui en avait été écartée en 1944.

 

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